Critique de Vulkan : Seigneur des Dracs par Maestitia
Publié le Lundi 18 mai 2026Le sol à l’ombre du mont Deathfire grondait. Le volcan s’éveillait d’un sommeil agité, et la plaine se lézardait comme aux prises avec un cauchemar. Des fissures s’ouvraient, de profondes balafres creusant la chair de la terre. Les abysses s’emplirent d’une lueur rouge : le sang fondu de Nocturne. Des nuages de soufre se répandirent sur la plaine. Des gaz s’enflammèrent et des volutes de feu roulèrent sur Vulkan qui se dirigeait vers l’obélisque.
Le monolithe de basalte culminait à quinze mètres de haut, mais ses racines plongeaient bien plus profondément. Vulkan l’avait taillé et rapporté là lui-même avant de l’ancrer dans Nocturne, où il avait résisté à toutes les tourmentes de l’Ère de l’Épreuve : une balise de pierre sur la vaste étendue plane, une ombre à l’intérieur d’une ombre pointant vers le mont Deathfire, qui avait consumé les cendres du guerrier qu’honorait l’obélisque.
Vulkan atteignit le monument dédié à N’bal. Puisque l’un de ses pères était devenu silencieux, il était venu parler à l’autre.
— Cela fait trop longtemps, dit-il. J’ai été accaparé par mon travail. Je ne suis plus le même depuis notre dernière discussion. Nocturne a changé également. Beaucoup.
Il porta le regard sur l’horizon en songeant à la lueur des boucliers Void autour de Themis.
— Reconnais-tu notre monde ? L’approuves-tu ? J’aimerais le penser. Notre peuple est plus en sécurité qu’il ne l’a jamais été. Il est protégé par des boucliers d’un genre que nous n’aurions jamais imaginé avant l’arrivée de l’Étranger. On pourrait croire qu’ils sont magiques. Ils ne le sont pas. Ils sont fabriqués et donc améliorables. Je les ai fait ainsi. Alors, oui, notre peuple est en sécurité.
Des flammes passèrent de nouveau au-dessus de lui. La plaine fut secouée. Vulkan absorba la force, la violence et la vie géologique brute de Nocturne. L’agitation des dragons des profondeurs projeta des vibrations depuis les entrailles du monde. Elles parcoururent l’armure de Vulkan et remontèrent le long de son échine.
— Nous avons changé le visage de Nocturne, poursuivit Vulkan. Nous avons repoussé la nature hors des villes. Nous avons repoussé sa beauté, comme nous le devons lorsque cette beauté devient trop dangereuse.
Il marqua une pause et posa une paume contre l’obélisque, contre le marteau et le dragon sculptés flanquant une énorme forge.
— Je suis désolé d’avoir été absent pendant si longtemps. Trop longtemps pour N’Bel, qui était mort avant mon retour, songea-t-il avec tristesse. J’ai vu beaucoup de choses. J’ai appris beaucoup. Je repartirai bientôt, je pense, et j’amènerai mes enfants avec moi. Protéger les habitants de Nocturne ne suffit pas. Les dangers qui guettent l’humanité dans la galaxie menacent notre foyer aussi sûrement qu’ils menacent n’importe quel autre monde. Et la Grande Croisade a besoin de nous. L’Empereur a besoin de nous. Son rêve ne peut pas être uniquement basé sur la conquête.
Il songea à Ranknar, et à quel point la guerre de soumission pour ce monde avait frôlé la guerre d’extermination.
— Nous devons aussi apporter la protection. Nous devons établir des sanctuaires. Sinon, nous n’aurons rien sur quoi construire.
Vulkan contourna le monument d’un pas régulier, sans se soucier des vibrations qui parcouraient les plaines.
— Vous m’avez manqué, père, confessa-t-il. Depuis mon retour, pas un jour ne s’est écoulé sans que je ne regrette que vous ne puissiez prendre part à la grande œuvre qui se déroule ici. J’aimerais tellement que vous puissiez voir la légion de Nocturne, ajouta-t-il, puis il pinça les lèvres. Père, pouvez-vous me dire quand nous marcherons ?
Une lumière jaune étincela au coin de son œil droit. Vulkan fit volte-face et une énorme silhouette s’avança vers lui à travers les flammes et la cendre. Même s’il faisait nuit, son armure brillait comme le soleil. C’était l’Étranger. Un vent surnaturel faisait gonfler Sa cape et Ses longs cheveux noirs. Le magnifique visage était aussi blême qu’il l’était lorsque Vulkan l’avait contemplé pour la première fois, avant de connaître la véritable identité de cette apparition.
La vision était translucide. Vulkan voyait les versants du Deathfire à travers l’Étranger. Malgré cela, la majesté de la silhouette était à peine diminuée par l’absence de Sa présence physique. Vulkan se sentait comme chaque fois qu’il contemplait l’Empereur. La grandeur devant lui le remplissait d’humilité et d’inspiration à parts égales.
— Tourne-toi vers le système de Taras, mon fils, lui déclara l’Empereur. Tourne-toi vers Antaeum.
— Qu’y trouverai-je ?
— Tes autres fils. Depuis plus d’une année, ils combattent les orks dans la division Taras. Ils ont besoin de toi, maintenant.
— Une année ! s’exclama Vulkan.
— Ils ont accompli de grands exploits, mais ils ont atteint leurs limites. Bientôt, ils se retrouveront acculés.
— Pourquoi ne pas me l’avoir dit plus tôt ?
— Ils n’étaient pas prêts à t’accueillir avant, et tu n’étais pas prêt à les rencontrer. Va à Antaeum. Sauve l’ancienne légion.
— J’en forgerai une nouvelle, promit Vulkan.
— Forge ta véritable légion, renchérit l’Empereur.
Il y a des romans que l’on referme soulagé que ce soit terminé, non pas parce que l’histoire était insupportable, mais parce que la lecture elle-même était un effort constant. Vulkan : Seigneur des Dracs de David Annandale est de ceux-là. Et ce qui rend la chose particulièrement frustrante, c’est qu’on ne parvient pas toujours à mettre le doigt sur ce qui cloche. C’est poussif. C’est lourd. Et l’on avance dans les pages comme les Salamanders avancent sous les orks : à grand peine, en prenant cher, sans jamais vraiment décoller.
L’histoire pourtant n’est pas sans intérêt sur le papier. Vulkan reçoit son premier ordre direct de l’Empereur, qui lui somme d’aller sauver sa propre Légion, enlisée depuis plus d’un an dans un conflit ork qui tourne au cauchemar. L’occasion est belle de traiter un thème porteur : la réunion des Salamanders de Terra et de ceux de Nocturne, deux branches d’une même Légion qui n’ont pas encore trouvé leur équilibre sous l’autorité de leur Primarque. C’est un sujet que Chris Wraight avait traité avec une finesse remarquable dans Le Faucon de Chogoris, et la comparaison est inévitable, et cruelle pour Annandale. Là où Wraight prenait le temps de laisser la tension culturelle respirer et s’incarner dans des personnages, Annandale l’expose, la répète, et la laisse stagner. Ignias, qui ne cesse de larmoyer sur le sort des Salamanders terriens, illustre parfaitement ce problème : l’intention est louable, la redondance fatale.
Les combats, qui auraient dû constituer l’épine dorsale du roman, sont le problème central. Les affrontements terrestres comme spatiaux contre les orks sont lourds à lire, dépourvus de cette électricité qui rend une scène de bataille inoubliable. On suit les Salamanders qui encaissent, qui protègent, qui évacuent des civils plutôt que de conquérir. C’est cohérent avec la philosophie de la Légion, cette idée que les Salamanders sont là pour protéger l’humanité avant tout, et c’est même ce qui les distingue de leurs frères. Mais Annandale ne parvient pas à rendre cette posture défensive dramatiquement intéressante. On attend, on subit, on tourne les pages.
L’arrivée de Vulkan avec les légionnaires de Nocturne aurait dû changer la donne. Elle la change, mais pas dans la prose. Sur le fond, le Primarque frappe fort, débarque avec sa foreuse monumentale et renverse le cours de la guerre. Sur la forme, les dialogues à ce stade touchent le fond. Vulkan parle comme Guilliman, avec cette rhétorique posée et stratégique qui dénature complètement sa personnalité. Vulkan est censé être un forgeron, un artisan, un guerrier qui pense avec ses mains autant qu’avec sa tête et son coeur. Annandale en fait un orateur, et le personnage y perd toute sa substance.
Numeon mérite une mention particulière, pas pour les bonnes raisons. Son arc narratif, notamment la perte de membres de son escouade dans l’affrontement sur le monde volcanique, tente de construire une émotion tragique. L’intention est là. Mais les personnages disparus sont des anonymes que le roman n’a pas pris le temps de rendre vivants, et leur mort ne provoque rien ou peu. On constate, on tourne la page, on continue.
La conclusion est symptomatique de l’ensemble. Les sept charges sont placées, les Astartes évacuent in extremis, la lune ork explose. N’importe quel lecteur familier de la saga avait vu cela venir depuis les premières pages. Ce qui aurait dû être l’apothéose du récit soulage uniquement parce que c’est fini, pas parce que c’est bien écrit. Le chapitre final, légèrement mieux tenu, offre la réunion des deux branches de la Légion avec un peu plus de soin. Trop peu, trop tard.
Les plus
- Le thème de la Légion divisée, porteur et cohérent avec le lore.
- La philosophie protectrice des Salamanders, fidèle à leur identité.
Les moins
- Un style poussif qui rend la lecture laborieuse sans qu'on sache toujours pourquoi.
- Les combats, terrestres comme spatiaux, sans électricité ni tension réelle.
- Vulkan qui parle comme Guilliman, trahison de la personnalité du Primarque.
- Ignias et ses lamentations répétées, redondantes jusqu'à l'épuisement.
- Une conclusion prévisible qui soulage par sa fin plutôt que par sa lecture.
Vulkan : Seigneur des Dracs est une occasion manquée qui confirme qu'un Primarque forgeron mérite mieux qu'une prose qui manque elle-même de feu : Annandale avait le métal brut entre les mains, mais n'a jamais réussi à le chauffer suffisamment pour lui donner une forme digne du personnage et de la Légion qu'il mettait en scène.
