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Critique de Les Exilés du Vide par Maestitia

Publié le Dimanche 25 janvier 2026 | 3 corrections après publication

— Est-ce vraiment le Chapitre qui a ordonné ton exil ? Ou t’es-tu puni toi-même ?

Sharr resta silencieux.

— As-tu ressenti l’Aveuglement depuis que tu as touché la surface ? reprit Te Kahurangi en lui faisant signe de reprendre leur déambulation.
— Sois plus clair.

Sharr reprit sa marche à côté de l’archiviste, se forçant à ignorer sa colère.

— As-tu perdu le contrôle depuis que tu as mis le pied sur Diamantus ?
— Je ne sais pas trop.

Honnêtement, une bonne partie des souvenirs de ses derniers combats étaient environnés de brumes que seuls le temps et la concentration permettraient de percer.

Ses pensées revinrent au Lictor qu’il avait rencontré juste avant d’évacuer le Sinistre Destinée. Il connaissait la nature des flottes ruches auxquelles ces créatures servaient d’éclaireurs. Il savait que chaque organisme était l’équivalent d’une cellule dans un corps vivant, dénuée de compréhension de la fonction qu’elle accomplissait sans émotions ni hésitations. Il se souvint du vide de ces yeux noirs et morts. Le Lictor ne comprenait pas plus ses actions, son existence même, qu’une épée ou une massue.

— Qu’est-ce que tu essaies de me dire, Nomade Pâle ? demanda-t-il enfin, à bout de patience.
— Je souhaite tester la trame de ton futur, en suivre les fils aussi loin que je peux, pour voir où ils mènent.
— Pourquoi les archivistes se sentent-ils obligés de parler de manière si cryptique ?
— Parce qu’il est difficile pour celui que le warp a effleuré de partager ses expériences sous une forme compréhensible par quelqu’un qui ne l’a pas été.
— Mon manque de compréhension semble être un problème récurrent.
— Alors, je ne vais pas te tourmenter pas plus avant. Je vais te donner quelques conseils qu’il serait sage de suivre alors que je vais m’éloigner pour un temps. Va au sud-ouest avec les exilés, en suivant la base de la montagne. Tu y trouveras d’autres membres de ton Frisson. Ne rejette pas leur compagnie. Une fois que tu les auras rejoints, je reviendrai.
— Pourquoi nous quitter ?
— La troisième compagnie est éparpillée et brisée. Nous avons tous un rôle à jouer pour la reconstruire.

Sharr aurait voulu rétorquer, lui répéter qu’il n’était plus membre de son ancienne fraternité. Il savait que ce serait inutile. Il n’était qu’un pion dans les plans du maître archiviste, comme cela avait été si souvent le cas par le passé.

— Je suis en train de télécharger l’ensemble des données tactiques de la troisième compagnie. Je les ai purgées des discordances que ces serviteurs de l’Archi-ennemi ont apportées. Je suis incapable de réparer le vox, toutefois. Cela requiert un niveau de connaissance de la machine hors de mes compétences. Notre meilleur espoir de rétablir l’ensemble des communications à l’intérieur de la compagnie est de sécuriser le réseau-vox secondaire de la cité.
— Est-ce là notre objectif ?
— Quand le temps sera venu. En attendant, ta mission est de te défaire de la honte qui t’accable. Si tu y arrives, Aveugle, tu pourrais encore retrouver la vue.

Les Exilés du Vide est sans doute le roman le plus paradoxal de la trilogie Carcharodons Astra de Robbie MacNiven. Non pas parce qu’il serait raté, il ne l’est pas, mais parce qu’il cristallise tout ce que cette série fait de mieux et de plus frustrant à la fois. C’est un roman solide, immersif, souvent très inspiré dans sa mise en scène et son atmosphère, mais qui repose sur un choix narratif central, l’exil de Bail Sharr, traité presque entièrement hors champ. Et c’est précisément là que le bât blesse.

Le roman s’ouvre sur une promesse forte. Un space hulk, la Sinistre Destinée, dérive vers le monde-forge de Diamantus. Le décor est immédiatement posé, massif, oppressant, presque étouffant. MacNiven sait écrire les lieux, parfois trop bien, au point de saturer le lecteur de descriptions qui peinent à respirer. Diamantus est riche, crédible, cohérente, mais l’exposition est longue, presque clinique. Ce choix aurait été anodin si le cœur émotionnel du roman n’était pas ailleurs.

Car Les Exilés du Vide n’est pas seulement un roman sur un monde-forge assiégé, ni même sur une guerre contre le Mechanicum Noir ou Vashtorr. C’est un roman sur Bail Sharr. Ou plutôt, sur son retour.

L’idée est excellente. Sharr, ancien Grand Veneur de la Troisième Compagnie, héros des tomes précédents, est désormais un paria. Déchu, exilé, privé de son honneur, de son équipement, de son identité même. Il est en mission dans les entrailles d’un space hulk avec d’autres Astartes bannis, formant une escouade hétéroclite, silencieuse, efficace, rongée par le non-dit. Le thème est fort, profondément carcharodon, l’exil, la survie, la honte, la violence intériorisée. Le problème n’est pas ce que raconte le roman, mais ce qu’il ne raconte pas.

L’exil de Sharr, événement fondamental, pivot narratif et émotionnel, n’est jamais montré. Il est évoqué, fragmenté, reconstruit à travers des dialogues, des rancœurs, des silences. On comprend que Piety V, la transformation Rubicon, l’intervention inquisitoriale ont joué un rôle. Mais jamais le lecteur n’assiste à la chute. Or, sans cette scène fondatrice, tout le roman fonctionne sur une absence. On demande au lecteur de ressentir une blessure qu’il n’a pas vue s’ouvrir.

Et pourtant, quand Sharr est à l’écran, tout fonctionne. Les interactions entre les exilés, la tension avec les membres survivants de son ancienne compagnie, le regard qu’il porte sur lui-même, oscillant entre résignation et colère rentrée, sont justes. Il n’est ni victime ni héros tragique. Il est usé, coupé de ce qu’il était, encore dangereux mais incomplet sans sa 3ème compagnie et sans son nom. C’est précisément pour cela que son arc mérite mieux.

Autour de lui gravite un roman riche, parfois trop. MacNiven multiplie les points de vue, Khauri, Kordi, Red Tane, Kino, Te Kahurangi, Voldire, Ze-Un Primus. Individuellement, ces personnages sont bien écrits. Le technoprêtre Primus est même une très belle surprise, martial, respectueux, presque humain, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Le problème vient de l’accumulation. À force d’introduire de nouveaux protagonistes et de nouvelles intrigues, le récit se dilue et perd son axe émotionnel.

Le space hulk, en revanche, est une réussite totale. Les descriptions organiques, les inversions d’espace, les ciels d’étoiles au-dessus de sols métalliques, la chair et la machine mêlées, tout cela rappelle pourquoi ce type de décor est l’un des plus puissants de Warhammer 40 000. L’irruption de la Terreur Bondissante est une excellente idée, logique dans un tel environnement, et ajoute une tension bienvenue. De même, l’activation progressive du Mechanicum Noir et la chute de Diamantus dans le chaos sont très bien mises en scène.

Mais là encore, l’affrontement final souffre d’un manque d’impact émotionnel. Voldire, pourtant bien construit sur le papier, finit par incarner un boss de fin plus mécanique que tragique. Sa défaite est fonctionnelle, efficace, mais pas mémorable. Le retour de Kino et la résolution rapide de la situation donnent une impression de précipitation. Pire encore, la réhabilitation de Sharr, qui devrait être le sommet du roman, arrive trop vite, trop proprement. Tout est bien qui finit bien, et c’est précisément ce qui sonne faux pour un Chapitre comme les Carcharodons.

L’épilogue inquisitorial avec Rannick renforce ce sentiment. Non pas parce qu’il est incohérent, mais parce qu’il arrive sans préparation, comme une promesse artificielle pour un futur tome hypothétique. Si la saga se poursuit, cela pourra se justifier. Si elle s’arrête là, cette conclusion laisse un goût d’inachevé.

Et pourtant, malgré tout cela, Les Exilés du Vide reste un bon roman. La qualité d’écriture est constante. L’immersion fonctionne. Le lore est respecté et enrichi. Les Carcharodons restent fidèles à eux-mêmes, brutaux, silencieux, ambigus. MacNiven aime ce Chapitre, cela se sent à chaque page. C’est précisément pour cette raison que la déception existe. Parce que le potentiel était immense.

Les plus

  • Bail Sharr, personnage central fort et tragique.
  • Atmosphère du space hulk, visuelle et cauchemardesque.
  • Qualité d’écriture constante et immersive.
  • Bonne utilisation du Mechanicum Noir.
  • Interactions grisante entre Kori et Ze-Un Primus.

Les moins

  • Exil de Sharr traité hors caméra.
  • Résolution finale trop rapide.
  • Affrontement final manquant d’impact émotionnel.
  • Épilogue inquisitorial artificiel.
3/5

Les Exilés du Vide est un roman robuste, parfois brillant, mais structurellement frustrant. Il porte en lui un grand récit sur la chute et la rédemption, sans jamais pleinement l’assumer à l’écran. Si un quatrième tome vient combler ces manques, ce livre gagnera en résonance rétrospective. Sinon, il restera comme une conclusion bancale à une trilogie pourtant remarquable, un chant du vide où l’écho est plus fort que la voix.