Avis sur La Bataille de Molech par Maestitia
Publié le Jeudi 15 janvier 2026La Bataille de Molech, second volet français de Vengeful Spirit de Graham McNeill, est un roman paradoxal. Ambitieux, dense, spectaculaire, parfois brillant, parfois profondément frustrant. C’est un livre qui promet beaucoup, qui tient une grande partie de ses promesses sur le plan militaire et mythologique, mais qui esquive précisément ce que le lectorat attendait le plus. Et c’est là que le bât blesse.
D’emblée, McNeill prend un risque narratif fort avec l’introduction consacrée à la Maison Devine. On entre dans le roman par un prisme presque inconfortable, une aristocratie décadente, antipathique, qui évoque immédiatement certaines ambiances de Game of Thrones, notamment lors de ces dialogues où l’on comprend très vite que personne ne mérite vraiment notre empathie. Le choix est audacieux, presque provocateur, car le lecteur n’a aucun point d’ancrage émotionnel. Pourtant, avec le recul, ce n’est pas un échec. C’est surprenant, déroutant, mais cohérent. Raeven est détestable dès le départ, Albard semble plus noble, plus humain, et McNeill joue précisément sur cette perception pour mieux la retourner plus tard. L’ironie tragique fonctionne, même si elle laisse un goût amer.
En parallèle, le roman nous ramène à Luna Mendax, avec un Loken qui jardine et converse avec le fantôme de Tarik Torgaddon. Le symbole est limpide, la culpabilité, le trauma, le passé qui refuse de mourir. Le problème, c’est que Loken est devenu un personnage profondément problématique depuis sa survie à Isstvan III. On sent l’effort de l’auteur pour le réintégrer, pour lui offrir une trajectoire de reconstruction, mais le résultat est bancal. Loken est incohérent, parfois absurde, souvent insupportable. Ses accès de colère, son mutisme sélectif, ses choix catastrophiques en mission donnent moins l’impression d’un homme brisé que d’un personnage que le scénario force à rester pertinent. Et c’est dommage, car on n’a pas envie de le détester, mais le texte nous y pousse.
Sur le plan structurel, la comparaison avec Les Fils de Lupercal est inévitable. Là où le premier volet posait les enjeux, les personnages et les attentes, La Bataille de Molech devait être le moment de vérité. McNeill fait le choix d’un roman extrêmement dense. Trop dense, sans doute. Entre la Maison Devine, les Chevaliers Errants, les Blood Angels, les Ultramarines, la Death Guard, les Luperci, les Titans, les intrigues internes du Mournival, le lecteur est sollicité en permanence. Certaines sections sont magistrales, notamment les batailles spatiales, superbement mises en scène, avec une vraie intelligence tactique et un sens du rythme impeccable. Molech devient un théâtre de guerre crédible, lisible, spectaculaire.
Les débarquements sur les plages de Molech, clairement inspirés de 1944, comptent parmi les meilleurs passages du roman. Visuel, viscéral, brutal, McNeill excelle quand il décrit la guerre à grande échelle. Horus y est enfin acteur, présent, engagé physiquement dans le conflit, et cela fait un bien fou. Voir le Maître de Guerre à l’œuvre, écrasant ses ennemis, menant ses troupes, rappelle pourquoi il est censé être la figure centrale de l’Hérésie.
Et pourtant, malgré cette omniprésence, le cœur du problème demeure. Le roman promettait de nous montrer l’ascension d’Horus, d’expliquer comment il devient plus qu’un primarque, comment il accède à une forme de divinité. Toute la montée en tension converge vers la caverne, le portail, l’Ange de feu. Et là, McNeill joue l’ellipse. Horus entre, Horus négocie, Horus ressort transformé… mais le lecteur ne voit rien. Pas de flash-back, pas de vision, pas de confrontation explicite avec les dieux de la Ruine. L’effet est celui d’un pétard mouillé. Pas parce que l’idée est mauvaise, mais parce que l’attente a été soigneusement construite pendant près de deux tomes. On ne peut pas demander au lecteur d’investir autant pour, au final, lui dire “en fait non”.
Le traitement des Luperci et de Tormageddon est, en revanche, une réussite conceptuelle. L’idée est forte, cohérente avec la trajectoire des Sons of Horus, et plutôt bien diluée dans la masse du roman. On comprend la logique, la dérive, la ritualisation du Chaos au sein de la Légion. Les rituels, les serments, la transformation progressive des Astartes fonctionnent très bien.
La corruption par Slaanesh au sein de la Maison Devine est sans doute l’un des choix les plus intéressants du livre. Raeven, l’enfoiré assumé, résiste. Albard, le plus noble, cède. C’est cruel, ironique, profondément chaotique. Et en ce sens, c’est juste. Cela peut frustrer, mais le Chaos n’est pas moral, il est ironique et injuste.
Le sommet émotionnel et narratif du roman reste l’affrontement final entre les Chevaliers Errants, le Mournival et Horus. Cette scène est tendue, violente, tragique, parfaitement mise en scène. C’est là que le roman tient enfin toutes ses promesses. La conclusion immédiate est forte, mais l’ultime chapitre retombe. Le choix de ne pas poursuivre les Chevaliers, l’absence totale d’éclaircissements supplémentaires sur l’ascension d’Horus, laissent une impression d’inachevé. Une déception réelle, mais qu’on peut tempérer par l’échelle mythique de l’ensemble. McNeill vise grand, parfois trop.
Les plus
- Mise en scène des batailles, spatiales comme terrestres, exceptionnelle.
- Horus enfin actif et présent sur le champ de bataille.
- Ironie tragique réussie autour de la Maison Devine.
- Final dramatique très fort avant l’ultime chapitre.
Les moins
- Loken incohérent et pénible sur une grande partie du roman.
- Trop de personnages, rythme parfois étouffant.
- Ellipse frustrante sur l’ascension d’Horus.
La Bataille de Molech est un grand roman imparfait. Spectaculaire, ambitieux, parfois frustrant, mais indispensable. Il ne donne pas toutes les réponses qu’il promet, mais il renforce le mythe, élargit l’Hérésie et rappelle que, dans le Chaos, même les promesses peuvent être tenues.
Avis sur La Bataille de Molech par Technoprêtre
2.5/5La Bataille de Molech a la pire appélation possible à mon gout, celle d’un tome inutile qui ne fait avancer en rien l’histoire. C’est encore plus cuisant sur l’autel des attentes et de la qualité des tomes précédents.