Avis sur Les Faux Dieux par Maestitia
Publié le Dimanche 28 décembre 2025Relire Les Faux Dieux après L’Ascension d’Horus, c’est accepter un changement brutal de cadence, de voix et d’intention. Là où Abnett posait une fondation mythologique d’une précision presque chirurgicale, McNeill choisit l’accélération, la frontalité, parfois même la maladresse. Et pourtant, malgré ses aspérités, ce roman reste absolument indispensable. Non pas parce qu’il serait parfait, mais parce qu’il ose montrer la chute là où l’on attendrait encore de l’hésitation. Ici, Horus ne vacille plus : il tombe.
Dès les premiers chapitres, le ton est donné. Davin n’est pas seulement un décor, c’est un piège narratif. Tout y est poisseux, lourd, chargé de présages. b. On sent que l’auteur veut impressionner, mais sans toujours laisser le temps à l’émerveillement de s’installer. Ce sera un défaut récurrent du roman : des b, comme si l’urgence de raconter la chute primait sur le plaisir de la construire lentement.
Horus, surtout, change radicalement de visage. Là où Abnett le rendait charismatique, solaire, profondément humain dans sa compassion, McNeill en fait un être déjà fissuré. Dépressif, irritable, orgueilleux. Certains lecteurs y verront une trahison du personnage ; je préfère y voir une lecture complémentaire. Ce roman ne montre pas la naissance du doute, mais son pourrissement. Horus est fatigué, écrasé par le poids politique, militaire et symbolique que l’Empereur lui a laissé. Et Erebus, comme toujours, n’a qu’à souffler sur les braises.
La manipulation d’Horus par Erebus est d’ailleurs d’une efficacité glaçante. Non pas parce qu’elle serait subtile, mais parce qu’elle s’appuie sur ce que le Maître de Guerre veut entendre. Le Lectitio Divinitatus, la question de la divinité de l’Empereur, la colère face à un père absent : tout est déjà là. Erebus ne crée rien, il organise. Il met en scène. Et Davin devient le théâtre d’un sacrifice annoncé.
La seconde partie du roman marque un net regain d’intensité. L’embuscade des Sons of Horus face aux morts-vivants de Temba est l’un des passages les plus réussis du livre. McNeill excelle lorsqu’il écrit la chair, la décrépitude, la guerre sale. Les descriptions sont excessives, parfois écœurantes, mais pleinement assumées. La pénurie de munitions, l’angoisse qui monte, la sensation d’enlisement : pour la première fois, on sent que même les Astartes peuvent être submergés. Et Maggard, dans ce chaos, est une vraie réussite de personnage secondaire, brutal et tragique.
La blessure d’Horus est le véritable point de non-retour. Non seulement parce qu’elle est physique, mais parce qu’elle provoque un effondrement moral collectif. Le Mournival pleure. La Légion panique. Et surtout, la scène du massacre des commémorateurs sur les quais est un choc. Elle marque la fin d’une illusion : les Astartes ne protègent plus l’Humanité, ils la dominent. Cette scène seule justifie le roman, tant elle annonce ce que deviendra l’Imperium.
Tout n’est pas à la hauteur pour autant. Certains chapitres, notamment celui de la confession d’Horus à sa commémoratrice, sont franchement faibles. Le Maître de Guerre y apparaît plaintif, presque caricatural, et la tension retombe brutalement. De même, la multiplication des intrigues secondaires (Magnus, les poètes, les loges, les visions) donne parfois une impression de surcharge. McNeill veut tout dire, tout montrer, et le roman en souffre par moments.
Mais lorsque l’on arrive au cœur du rituel sur Davin, le livre retrouve une puissance indéniable. Le bad trip d’Horus, ses visions du futur, la manipulation d’Erebus déguisé en Sejanus, l’intervention désespérée de Magnus : tout cela fonctionne, non pas comme une révélation cosmique, mais comme une tragédie grecque. Horus ne choisit pas le Chaos par soif de pouvoir. Il le choisit par peur, par ressentiment, par amour dévoyé pour l’Humanité. Le chapitre sur la dispersion des Primarques est, à ce titre, fondamental : il recontextualise tout l’univers de Warhammer 40,000 en quelques pages.
La dernière partie est glaçante. La scission au sein des Sons of Horus, le refus de Torgaddon, la froide détermination d’Horus, la récupération de l’anathame par Fulgrim, la tuerie orchestrée par Angron : tout converge vers l’inéluctable. Le massacre de la Fraternité, la mort de Varvarus, l’assassinat des artistes, sont autant de clous plantés dans le cercueil de l’ancienne Croisade. Quand Horus annonce enfin clairement sa trahison, il n’y a plus de surprise. Seulement une amère lucidité.
Les Faux Dieux est un roman imparfait, parfois mal dosé, parfois trop rapide, parfois lourd. Mais il est essentiel. Il ne cherche pas à être élégant. Il cherche à être brutal. Et dans cette brutalité, il dit quelque chose de fondamental : les dieux ne naissent pas dans la grandeur, mais dans la faiblesse.
Les plus
- La chute d’Horus traitée frontalement.
- Les scènes de guerre sur Davin viscérales.
- Erebus, toujours aussi détestable et efficace.
- Le Mournival, encore profondément humain avant la rupture.
Les moins
- Un roman qui peut être ressenti comme expéditif.
- Des chapitres faibles ou inutiles.
- Une surcharge d’intrigues secondaires.
- Une caractérisation d’Horus qui peut sembler abrupte.
Ce tome est souvent mal compris parce qu’il est comparé à tort à son prédécesseur. Là où Abnett bâtissait un mythe, McNeill le brise. Les Faux Dieux n’est pas un roman de séduction, mais de rupture. Il fait mal, il va trop vite, il trébuche parfois, mais il accomplit l’essentiel : rendre la trahison d’Horus irréversible, humaine et tragique. Et pour l’Hérésie d’Horus, c’est exactement ce qu’il fallait.
Critique de Les Faux Dieux par Priad
4/5Un second livre qui tient ses promesses et qui ravira tous les fans. McNeill ralentirait-il le rythme pour nous permettre de reprendre notre souffle avant le grand final ? Je ne saurais le dire …