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Critique de Sacred Hate par Maestitia

Publié le Mercredi 28 janvier 2026

Le voyage depuis Legitur avait déjà été suffisamment long pour que la routine et l’ennui s’installent. Cerastes y trouva un certain soulagement. La frénésie des offices qui avait marqué le début du pèlerinage était terminée, et il avait plus de temps pour lui. Il partageait le plus clair de son temps entre sa cellule et la bibliothèque. Par la prière, la méditation et la recherche, il s’efforçait de retrouver le sens et le but de sa vie, ainsi que la force de la foi qui l’avait jadis animé. Sa dernière année à Legitur, sa dernière année d’études au Collegium Sanctificatus, lui avait tout volé. L’année qui aurait dû achever sa formation et le préparer à occuper son premier poste au sein de l’Ecclésiarchie l’avait rendu inapte à servir.

J’ai lu Sacred Hate pour une raison très simple : patienter. Depuis Anthony Reynolds, les Word Bearers étaient devenus une légion orpheline d’une véritable voix littéraire. Reynolds les écrivait comme on filme une croisade hérétique : frontal, viscéral, saturé d’images et d’action. David Annandale, lui, vient d’un autre territoire. Moins spectaculaire, plus clinique. Plus horreur que guerre. Et cette nouvelle confirme immédiatement cette différence d’approche.

Sacred Hate suit Cerastes, jeune missionnaire impérial, fils de bonne famille, promis à une carrière de prêcheur bien rangée. Dès le départ, le personnage est insolite. Pas parce qu’il doute, le doute est un moteur narratif sain, mais parce que son rejet de la foi impériale m’a paru être un caprice de bobo. Cerastes est fatigué des sermons. Il ne « voit » rien. Il lit, mais ne croit pas. On sent l’intention : montrer une foi morte, purement rituelle. Mais l’exécution manque de profondeur. Son malaise est répété, jamais vraiment approfondi. Il erre entre la chapelle et le librarium du Sacred Hate, dégoûté de son propre dégoût, sans qu’un événement fort ne vienne véritablement justifier la rupture.

Et puis vient l’attaque.

C’est là que la nouvelle change radicalement de régime. Le Sacred Hate est pris d’assaut, la bibliothèque brûle, et Cerastes assiste à la manifestation du warp à travers l’Apôtre Noir Eurybios. Annandale n’essaie pas de faire du « bolt porn ». Il sait qu’il échoue sur ce terrain, et il a raison de l’éviter. À la place, il déploie ce qu’il maîtrise : l’horreur sensorielle. Les statues qui se tordent, les couloirs qui gémissent, les portes qui hurlent comme des bêtes blessées. Le vaisseau devient un organisme profané. La réalité se fissure. Et là, enfin, Cerastes croit.

Non pas par raisonnement. Par révélation.

C’est à la fois la force et la faiblesse du texte. La conversion de Cerastes est fulgurante, presque trop. Il profane les ouvrages impériaux, se rend volontairement aux Space Marines du Chaos (des Word Bearers, évidemment) et accepte son nouveau destin sans véritable résistance morale. Tout s’enchaîne vite, trop vite. La conclusion expédie ce qui aurait mérité un développement entier :
“With the turning of years and the convulsions of fate…”
En une phrase, Annandale saute des années, transforme un missionnaire en futur apôtre, et ferme le rideau.

Je comprends la contrainte du format. Une dizaine de pages ne permet pas de miracles. Mais le sentiment demeure : l’histoire est précipitée. Le fond est fragile. La trajectoire de Cerastes manque d’un véritable point de non-retour psychologique. Sa foi impériale était déjà morte ; sa foi chaotique naît sans véritable combat.

En revanche, sur la forme, Annandale est bon. Il excelle lorsqu’il décrit la honte, la peur, la colère sourde. Il sait installer un malaise poisseux, une horreur rampante, presque lovecraftienne. Là où Reynolds te noie sous l’iconographie et l’action, Annandale te force à rester immobile dans un couloir qui transpire le mal. Sacred Hate se lit moins comme une histoire que comme une atmosphère.

C’est précisément pour cela que, malgré ma déception narrative, j’attends Apostle avec impatience. Si le roman parvient à corriger ces faiblesses (donner du temps aux personnages, densifier leurs choix, articuler la corruption plutôt que la déclarer) alors Annandale pourrait offrir aux Word Bearers une voix radicalement différente, mais légitime. Ici, la forme sauve le texte. Reste à voir si, sur la longueur, elle pourra aussi porter le fond.

Les plus

  • Atmosphère horrifique maîtrisée.
  • Ton cohérent avec les Word Bearers.

Les moins

  • Fond narratif inférieur à la qualité d’écriture.
  • Conversion expédiée en une phrase.
  • Fils bourgeois qui quitte son boulot de fonctionnaire pour aller faire la guerre.
2.5/5

Sacred Hate est une introduction imparfaite mais prometteuse : frustrante dans ce qu’elle raconte, convaincante dans la manière de le faire. Si Apostle corrige le tir, alors l’attente aura valu la peine.