Critique de Chef de Guerre par Maestitia
Publié le Mardi 28 avril 2026 | 5 révisions avant publication | 1 correction après publicationProjeté en arrière, pour la première fois il se démena sans grâce pour reprendre pied. Son heaume brisé tomba, révélant les traits anguleux et les oreilles pointues caractéristiques de son engeance, ainsi qu’un regard passablement vitreux et un nez d’où coulait une goutte de sang.
— Allez ! rugit Uzbrag en se rapprochant d’un pas lourd et incertain. J’ai pas b’soin de deux guibolles neuves pour te défoncer, sal’ p’tit zig !
À son honneur, le nob zoneille ne s’enfuit pas comme l’auraient fait tant d’ennemis en pareille situation. Il l’aurait sans doute distancé, étourdi ou pas, car Uzbrag boitait à présent et peu de choses dans la galaxie étaient aussi véloces qu’un zoneille qui ne voulait pas se laisser rattraper. Au contraire, il repartit à l’assaut, les lèvres tordues par la rage et la pince énergétik’ tendue pour cracher des disques-kikoup’.
Plusieurs projectiles tranchants se logèrent à leur tour dans la cuirasse d’Uzbrag, mais sans trouver de point faible, et il évita le reste de la rafale. Le coup porté à la tête du zoneille avait manifestement brouillé sa perception : il ne put éviter le coup de kikoup’ suivant, qui lui sectionna la pince énergétik’ à hauteur de coude.
Même amputé d’un bras, le zoneille n’émit aucune plainte. Il siffla de rage et de hargne, et il chercha à lui griffer les yeux, les doigts incurvés comme des serres.
Uzbrag avait le bras plus long. Il saisit et serra d’une main le cou du zoneille, dont les yeux parurent exorbités un instant avant que les vertèbres craquent et qu’il devienne flasque. Uzbrag hocha la tête, satisfait, et se tourna pour jeter le cadavre vers la porte. Il aurait aimé le renvoyer directement à travers, ce qui aurait été drôle, ou à défaut contre un de ses camarades présents de ce côté de ladite porte. Au lieu de quoi il rebondit contre la proue d’un autre engin blindé flottant.
Car il y en avait plusieurs à présent, releva Uzbrag avec ce qui chez lui se rapprochait le plus d’un début d’inquiétude. Et il y avait bien plus de zoneille que la dernière fois qu’il avait regardé. Pour tout dire, les oreilles pointues étaient partout, et repoussaient les boyz. Le sol était trempé de sang ork, et les zoneilles se battaient âprement, sans se soucier de leurs pertes.
— Ils y tiennent vraiment à c’te chose, hein ? remarqua Skulsnik en rejoignant Uzbrag.
Ses coutelas étaient couverts de sang zoneille, et il avait perdu un œil depuis la dernière fois que le Jénéral l’avait vu.
Uzbrag regarda dans la direction du Vieux Morgrub. L’akkro n’était pas difficile à localiser : son caquètement glaçant sortait d’une bouche qui se distendait anormalement, et il vomit une bouffée de feu vert qui enveloppa la bande de zoneille la plus proche et la liquéfia sur place.
— Ce zig savait qu’un truc dans ce genre allait arriver quand on s’rait là et il a rien dit, ragea Uzbrag. J’ai rien contre une bonne bagarre, mais j’aime pas qu’un zog’ de bizarboy me mène par les naseaux comme un squiggouth ! Va falloir lui causer quand on aura fini.
— Ça m’semble correct, Jénéral, approuva Skulsnik.
— Déjà, faut s’occuper de tout ça, dit Uzbrag. Ils font tous la même taille ! Comment qu’on sait c’est qui le zog’ de chef ?
Un son nouveau balaya le champ de bataille. C’était un cri de guerre, mais la voix n’était celle d’aucune créature mortelle : aucun larynx n’aurait pu exprimer tant de rage pure et de haine sanguinaire. On eût dit qu’un haut-fourneau clamait sa soif de vengeance, ou qu’un volcan rugissait son désir de tuer. Le feu et la destruction avaient pris corps et pensée.
Le voile lumineux de la porte se scinda encore une fois, et une chose terrible en sortit d’un pas lourd.
C’était un monstre bipède titanesque, plus grand que n’importe quel Ork. Des côtés de sa tête montaient de hautes crêtes ajourées, et son corps luisait comme du métal en fusion, irradiant la chaleur et la haine. Il avait dans la main droite une gigantesque épée gravée de runes, la gauche dégouttait de sang, et quand il rugit de nouveau, l’air lui-même trembla dans l’éruption de ses entrailles chauffées à blanc.
— Laisse tomber, dit Uzbrag. Le v’là.
Il y a des romans que l’on ouvre en sachant à quoi s’attendre, et qui parviennent quand même à nous surprendre. Chefs de Guerre de Mike Brooks est de ceux-là. Premier roman entièrement raconté du point de vue ork de la Black Library, il s’attaque à un défi considérable : faire des peaux vertes les protagonistes d’un récit cohérent, sans les désarmer de leur absurdité fondamentale. Le résultat est brutal, savoureux, et très divertissant.
L’orthographe, premier signal d’alarme pour le lecteur non averti, est en réalité l’une des grandes réussites du roman. Brooks charcute délibérément la langue pour coller au niveau intellectuel des orks, et force est de constater que cela fonctionne à merveille. Les dialogues se lisent idéalement à voix haute, les jeux de mots prolifèrent, et le fait que tous les chapitres après le cinquième soient intitulés simplement « Plein » ajoute l’illettrisme mathématique à l’analphabétisme des peaux vertes. C’est brillant dans sa simplicité, et c’est le genre de détail qui transforme un bon roman en un roman dont on se souvient.
L’histoire tourne autour de plusieurs fils narratifs entrecroisés sur la planète Aranuan, dont la dernière cité ruche humaine se retrouve encerclée par une Waaagh colossale menée par Gazrot Goresnappa. Sauf que Gazrot meurt dès les premières pages, écrasé par la tête d’un Gargant décrochée accidentellement par un grot insignifiant nommé Snaggi Littletoof. De cet incident improbable naît une révolution de grots, la Grotwaaagh, fil narratif aussi absurde que jouissif. Pendant ce temps, trois Big Boss se disputent le titre de Warboss : Mag Dedfist des Goffs, Da Genrul Uzbrag des Blood Axes et Zagnob Thundaskuzz des Evil Sunz. Chacun est plus loufoque et brutal que le précédent, et chacun possède une logique interne parfaitement cohérente avec son klan ork. C’est là que Brooks excelle : il ne se moque pas des orks, il les prend au sérieux depuis l’intérieur, et le résultat est aussi violent que comique.
Après l’annonce de la prophétie du psyker ork Morgrub, les trois boss orks rentrent dans une compétion furieuse. En effet, Morgrub explique aux siens que le successeur au rang de Chef de Guerre, devra mettre la main le premier sur un portail magique dissimulé dans les bas-fonds de la cité impériale. On ajoute à cela la révolution des gretchins de Snaggi et on obtient une course effrénée pour savoir qui va arriver en premier devant ce portail et devenir Big Boss ou Grot Boss ? Vous voyez un peu plus le délire maintenant.
De plus, les orks de Chefs de Guerre ne sont pas les grosses brutes grotesques que l’on croise souvent dans la franchise. Ils sont imprévisibles, dangereux, et certains d’entre eux, Da Genrul et Mag Dedfist en tête, font preuve d’une intelligence tactique qui surprend. Le chapitre où Da Genrul laisse délibérément le capitaine impérial Armenius Varrow s’évader pour qu’il les guide inconsciemment jusqu’au portail sous la cité est un moment qui a su me surprendre. C’est malin, c’est brutal, et c’est parfaitement ork.
Les humains d’Aranuan, eux, offrent le contrepoint nécessaire. Armenius Varrow, le capitaine des Lions Dorés fait prisonnier, est un personnage attachant dont le destin prend une tournure particulièrement brutale et cohérente dans les derniers chapitres, bien que surprenante. Ce dernier est fait prisonnier par Da Genrul et se retrouve dans une cage accroché à Sarge, la Boit’kitue et attendant du boss ork. Les pensées de cet officier humains sont elles aussi absurdes, s’imaginant qu’il va retourner le cours de la bataille en sauvant la planète par ses actes héroïque. Il fait même pitié, tant sa couardise n’a d’égale que son humiliation par les peaux vertes.
L’introduction des Eldars vers la fin du roman apporte une troisième dimension bienvenue. Ilaethen, autarque de Lugganath, incarne la certitude orgueilleuse d’une race qui se flatte de tout prévoir, sauf précisément les orks. Cette incapacité à anticiper l’imprévisible est à la fois drôle et tragique, et Brooks la joue parfaitement. Les chapitres qui leur sont consacrés sont écrits avec soin et permettent de s’apitoyer sincèrement sur leur sort, ce qui est une performance en soi dans un roman aussi déjanté.
Quelques longueurs subsistent dans les derniers chapitres, notamment la répétition des mêmes événements depuis le point de vue de chacun des trois Big Boss. C’est efficace pour rendre le chaos ork, et il faut bien admettre que l’auteur sait aussi très bien écrire l’action et ce, de façon épique. Et l’on regrettera que Morgrub, le chaman ork au potentiel fascinant, ne soit jamais développé à la hauteur de ce qu’il promettait bien qu’il soit essentiel à l’histoire.
Il reste que Chefs de Guerre est un roman parfaitement calibré pour ce qu’il est : une entrée accessible, riche et jubilatoire dans l’univers des peaux vertes, lisible indépendamment de la saga Ufthak Buzenoire à laquelle il se rattache. Ce n’est pas le genre de roman que l’on lira à la chaîne, l’humour permanent pouvant lasser, mais c’est exactement ce qu’il devait être.
Les plus
- Le point de vue ork, enfin traité avec cohérence et générosité.
- L'orthographe et les jeux de mots, brillants et cohérents.
- Les titres de chapitres, détail savoureux et mémorable.
- Un roman lisible indépendamment, parfait pour découvrir les orks.
- La GrotWaaagh de Snaggi, absurde et jubilatoire du début à la fin.
Les moins
- Old Morgrub sous-exploité, son potentiel reste entier.
- L'humour permanent peut lasser sur la durée.
- Des petits chapitres.
- La répétition des mêmes scènes depuis trois points de vue en fin de roman.
Chef de Guerre est un roman surprenant et divertissant. C'est une porte d'entrée idéale à qui veut lire de l'ork avec pour une fois leur point de vue. Ce qui prouve que Mike Brooks a compris une chose essentielle : pour écrire les orks, il faut les respekté.
Avis sur Chef de Guerre par Magos L4 74L3
4/5Après avoir été intrigué par le traitement des orks dans un autre roman j’ai ouvert celui ci en me demandant si le charme réopérerais et bien forcé d’admettre que oui ! J’ai passé un très bon moment avec ce livre, il m’a été difficile de le lâcher. Si vous voulez une parenthèse plus fun dans tout ce grimdark ne cherchez plus ! Les orks par Mike Brooks c’est de la pure détente et ça vient de quelqu’un qui n’apprécie pas les peaux vertes ! C’est une lecture qui va à l’essentiel, qui vous fera rire (si vous êtes sensible à ce genre d’humour) et qui vous laissera avec une seule pensée : j’en veux d’autre ! Ou bien Waaaagh ! (si l’on veut coller au roman).
