Critique de Les Fils de l'Empereur par Maestitia
Publié le Samedi 2 mai 2026 | 11 révisions avant publication | 2 corrections après publicationKalta-Ar jeta un regard en arrière, vers ses frères. L’entité qui les avait poursuivis avait atteint le sommet de la colline, noyée sous une grêle de tirs de bolters. Elle frappa les space marines à grands coups de ses griffes étincelantes. Leurs corps en lambeaux volèrent et vinrent percuter les pierres du temple extérieur.
— Ce n’est pas un démon.
Lorgar tendit son sceptre vers le maelstrom teinté de sang qui déchiquetait l’un des derniers guerriers de l’Apôtre Noir.
— Viens à moi, mon frère.
Dans un ultime tourbillon de violence qui transforma un autre Word Bearer en fragments de céramite et en lambeaux de chair, l’apparition s’aggloméra en une silhouette identifiable. Aussi imposante que le Primarque démon, elle était revêtue d’une armure noire aux gantelets munis de longues serres. Une paire d’ailes saillait de son paquetage dorsal ouvragé, des ailes composées de plumes de corbeau métalliques complexes. Son visage émacié était pâle comme la neige, ses yeux noirs comme le charbon, encadré par des cheveux noirs qui lui arrivaient jusqu’aux épaules.
Kalta-Ar sentit sa respiration se flétrir dans ses poumons. Il se trouvait face Corvus Corax, le Primarque de la Raven Guard. Cela ne faisait aucun doute. Un tourbillon de questions emplit ses pensées mais elles restèrent sans réponse car Corax parla.
— Que t’est-il arrivé, mon frère ?
— J’ai été exalté, répondit Lorgar avant de désigner Corax avec son sceptre. Je pourrais te retourner la question.
Le Seigneur des Corbeaux s’avança, son attention focalisée sur Lorgar Aurelian. Kalta-Ar et ses guerriers s’écartèrent vivement de son chemin, soulagés de ne plus être la cible de sa colère. Marduk et sa coterie se rassemblèrent autour de leur Primarque, mais furent congédiés d’un regard.
— Je suis ce que j’ai toujours été, répondit Corax. Je suis la vengeance incarnée. Je suis la justice rendue. Ce lieu, au-delà du voile, a révélé ce que nous étions tous. Derrière le masque d’humanité que notre père a fabriqué pour nous, nous appartenons tous au warp.
— Es-tu venu jurer allégeance aux puissances qui sont tes véritables créateurs ?
— Non. J’ai juré de débarrasser la galaxie de la souillure du Chaos. Tu seras le premier de nos frères déchus à mourir sous mes lames.
— Je ne suis plus la créature que tu as affrontée sur Isstvan, répondit Lorgar en levant sa masse.
— Moi non plus !
Kalta-Ar vit à peine le plongeon de Corax tant il fut rapide. Un vent noir le repoussa quand des flammes sombres jaillirent du sceptre de Lorgar. Dans une onde de choc qui projeta les Word Bearers au sol, les deux demi-dieux s’affrontèrent.
Un Ange Passe — John French
J’aimerais vous dire que cette nouvelle est intéressante et offre un point de vue original sur la IXe Légion, mais il n’en est rien. J’ai trouvé le récit mauvais, car non seulement nous n’apprenons rien de nouveau sur Sanguinius, mais c’est le cliché de l’ange triste qui rabâche une fois encore. Le style mélancolique qui transpire conjugué à un pathos visqueux nuit à ce que l’auteur veut nous raconter : «Je suis un ange destructeur malgré moi ! Quelle tragédie !». Ça n’a simplement pas pris en ce qui me concerne. C’est dommage quand on connaît les capacités de l’auteur et le potentiel du Primarque pré-hérésie. Malgré tout, French tombe dans le piège du déjà écrit et ne parvient pas à faire décoller Sanguinius, bien au contraire, sa peine est son fardeau qui le cloue au sol, tout comme le récit. Décevant.
Sur le Fil de l’Abîme — Aaron Demski-Bowden

Avec Sur le Fil de l’Abîme, on passe à un tout autre niveau.
C’est à la suite d’une lecture de rapport suspect que le commandant Ulatal décide d’enquêter plus sérieusement. Le rapport met en scène la pacification du monde de Zoah qui aura nécessité deux légions ainsi que leurs Primarques respectifs : Les Night Lords et les Thousand Sons. Le compte rendu semble volontairement éluder certains détails de l’opération et donne à Ulatal l’envie, ou plutôt le besoin, d’en savoir plus. Il parvient à attirer l’attention du Premier Capitaine des Night Lords, le redoutable Prince des Corbeaux lui-même. Terrorisé mais fasciné, Ulatal écoute Sevatar lui narrer Zoah et le moment où Konrad Curze et Magnus le Rouge faillirent entrer en guerre.
C’est une excelente histoire qui met en scène efficacement un différent entre Magnus et Curze à propos de la destruction d’une tour de savoir d’une planète déviante mais hautement cultivée. Tout est savoureux, la mise en ambiance est incroyable, la joute verbale entre les deux Primarque est fantastique et la conclusion reste satisfaisante.
La Compassion du Dragon — Nick Kyme
L’histoire est bien écrite mais elle joue, elle aussi, sur les clichés. Nous savons tous que Vulkan est réputé pour sa bienveillance et sa compassion, surtout lorsque ce sont des vies humaines qui sont en jeu, mais lire une nouvelle fois son héroïsme sur le thème récurrent du protecteur/sauveur finit par lasser, lorsqu’elle ne donne pas la nausée. Cependant, lorsque l’Empereur se rend sur Nocturne sous les traits de l’Étranger, on se doit de tendre l’oreille. En effet, j’ai tendance à donner beaucoup d’importance à la première rencontre entre l’Empereur et ses fils. Bien souvent, ce premier contact va sceller une vive émotion qui deviendra indissociable de la relation entre le Primarque en devenir et son père génétique. Mais Nick Kyme manque son coup lors de la pacification de Venikov, qui met en scène l’Empereur, Vulkan et Ferrus Manus, en tombant dans le cliché du Dragon Sauveur et anesthésiant ainsi tout élan d’empathie.
L’Ombre du Passé — Gav Thorpe
Le récit repose sur la confrontation de deux Primarques : Corax et Lorgar, et ce après le Siège de Terra. Ça, c’est excitant. L’Apôtre Noir Kalta-Ar cherche à ériger un monument religieux pour gagner les faveurs de son Primarque. Mais lorsque des guerriers de la Légion commencent à mourir dans des circonstances suspectes, il comprend que quelque chose est venu les chasser. Sa proie n’est pas les légionnaires massacrés de ses mains, mais celui qu’ils appellent père : le Primarque Démon Lorgar. J’ai adoré les manœuvres de Corax : on suit avec plaisir la chasse dans l’ombre que pratique le Primarque de la XIXe. Un peu comme Batman qui neutralise ses adversaires en silence, à la différence près que Corvus massacre ses victimes. Mais est-il devenu un démon, ou bien son exode dans le warp l’a-t-il altéré au point qu’il soit désormais méconnaissable ? La question se pose et ravive l’intérêt du lecteur. L’affrontement entre Primarques est jouissif, jusqu’à la punch line de fin qui est la cerise sur le gâteau. Malheureusement, les Word Bearers sont absurdes dans leurs réactions et étire l’histoire maladroitement. Aucun sens pratique, ni conscience militaire dans cette chasse dans les ténèbres, c’est dommage. Néanmoins, j’ai trouvé que la nouvelle baignait dans une ambiance type slasher. Pas désagréable, mais peu inspirée en ce qui concerne les Word Bearers. La nouvelle est chouette pour la nouveauté qu’elle apporte plus que pour sa forme, où elle échoue à convaincre, mais les questions qu’elle soulève valent la peine d’être examinées avec attention.
L’Architecte de l’Empereur — Guy Haley
La narration est divisée entre les premiers pas du Primarque sur Olympia et un couple de commémorateurs privilégiés : ils doivent documenter la légende des Primarques. Cependant, ce n’est pas chose aisée. Une nouvelle captivante mais qui n’apporte rien de nouveau, bien qu’elle conceptualise beaucoup d’aspects importants qui deviendront des développements majeurs de l’Hérésie d’Horus. J’ai adoré le couple franchouillard, les Lebons, avec Olivier comme mari irascible et Marissa toujours joviale. Le duo est improbable. On se demande comment ils ont fait pour perdurer ensemble. Olivier est grognon et pessimiste, mais toujours diablement lucide quant à la nature des Primarques et leur rôle dans la Grande Croisade. De l’autre côté du spectre, Marissa s’émeut devant les chefs-d’œuvre que Perturabo a su ériger sur son monde natal et désire brosser un portrait idéalisé du Primarque. Le couple va devoir se confronter l’un à l’autre suite à une divergence majeure sur leur rôle, après la découverte des pratiques douteuses de Perturabo. Une nouvelle qui ne laisse pas indifférent et que j’ai su apprécier, je pense, à sa juste valeur.
Prince de Sang — L J Goulding
À bord du vaisseau amiral Conqueror de la XIIe Légion des World Eaters, les légionnaires et l’équipage mortel font face à une mort lente et terrible, rendus fous, exangues par la soif ou poussés à des actes de violence toujours plus grands. Leur seul espoir repose sur Khârn, prêt à affronter une nouvelle fois son Primarque, à une différence près : Angron est désormais un Prince Démon. Similaire en bien des points à Après Desh’ea, on retrouve Khârn qui tente d’établir un dialogue avec son père génétique. Là où on s’attendrait à une rage berserk de la part du Primarque, il n’en est rien, et une discussion, bien que décousue, s’enchaîne efficacement entre les deux protagonistes. C’est bien écrit, mais ça reste creux et le déjà-vu annihile toute originalité.
L’Ancien Attend — Graham McNeill
Poussé par Magnus le Rouge, Vistario des Thousand Sons part vers un monde sans nom en compagnie de deux de ses frères Sorciers, où ils découvrent les ruines d’une cité perdue dans les mythes et un labyrinthe de catacombes abritant un secret depuis longtemps oublié. L’Ancien attend, mais qui ? Difficile de ne pas spoiler, aussi je ne donnerai pas de nom : l’Ancien est un personnage secondaire emblématique qui a su rester fidèle à l’Empereur malgré la trahison de son père génétique. C’est ce que la nouvelle fait de mieux : la création mystérieuse de cet Ancien. McNeill a su me tenir en haleine, bien que le final soit peu satisfaisant. La plume de l’auteur est bien affûtée et permet au lecteur de dévorer les pages une à une afin de découvrir la source du message qui erre dans les ruines de cette planète inconnue ainsi que l’identité de celui qui le propage. En résumé, j’ai la sensation d’avoir palpité pour rien.
Aberrant — Dan Abnett
Après des mois de pacification, où des mondes acceptaient volontiers et avec gratitude la Vérité Impériale et la tutelle de l’Empereur de l’Humanité, l’avant-poste Velich Tarn refuse de se soumettre sans effusion de sang. Sa subjugation échoit au Capitaine Sejanus des Luna Wolves, mais lorsque la résistance ennemie se révèle à la hauteur de ce commandant pourtant réputé, Horus lui-même entre dans la mêlée. Horus pacifie le monde de Fo, Basilio Fo, le fameux personnage du Siège de Terra dont la trame m’est toujours apparue comme nébuleuse dans le meilleur des cas, négligeable dans le pire. Malgré mon a priori, cette nouvelle vient étoffer légèrement la trame et le personnage de Basilio Fo. L’action y est bien dépeinte, mais c’est la mise en perspective du contexte de la Grande Croisade qui est le plus plaisant. Certes, les dialogues jouent pour beaucoup et la présence réelle d’Horus assure l’attention du lecteur. Il est très difficile de détester Fo et cette histoire gonfle un peu plus le personnage de consistance. À lire.
Les plus
- Chaque nouvelle met en scène un ou plusieurs Primarque.
- Des plumes très agréables comme ADB, McNeill ou Adnett.
Les moins
- Cliché de Sanguinius.
- Cliché de Vulkan.
- Cliché de Angron.
De très bonnes nouvelles, bien qu'elles n'apportent pas toutes de la consistance, il faut tout de même reconnaître que l'usage récurrent des clichés propres aux Primarques a tendance à leur retirer de la valeur plutôt que de leur en octroyer. Un recueil correct dans son ensemble.
