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Critique de The Passing Of Angels par Maestitia

Publié le Mardi 5 mai 2026

Je me tiens au sommet de la tour la plus haute de la cité des montagnes. La chaleur des flammes rampe sur la chair nue de mon visage. Mes traits sont maculés de suie. Mes cheveux ont brûlé sur mon crâne, et l’or de mon armure est noirci par le toucher du feu et du sang. Mes joues sont couvertes de cloques à cause des radiations, brûlées par les incendies que j’ai dû traverser. Ces blessures guériront dans le laps de temps qu’il me faudra pour retourner à mon vaisseau en orbite, mais pour l’instant je ne ressemble pas à un ange de lumière et de beauté ; je suis l’ange de la ruine, dont le passage réveille les dormeurs, terrorisés.

Alepheo atterrit dans les ruines, en contrebas. Son armure rouge est scarifiée, noircie par les flammes. Il lève les yeux vers moi, avec ce visage argenté qui verse des larmes éternelles.

— C’est terminé, dit-il.

J’entends le poids de ses mots. Il portera la cicatrice de ses actions dans ses rêves, et elle s’immiscera dans les poèmes qu’il peint en utilisant les langages des défunts. Il comprendra alors que nous sommes des anges. La beauté ne nous appartient pas ; c’est ce que nous devons brûler pour être ce que nous sommes.

En dessous de nous, dans la cité, les pierres des bâtiments ont commencé à fondre dans une mer de feu.

Je lève la tête. Par-delà le voile de fumée, les nuages s’étiolent pour accueillir l’aube. Le soleil touche mes yeux.

— Oui, abondé-je. C’est terminé.

Et puis je déploie mes ailes et m’envole. Je m’élève pour quitter les flammes et les atrocités, pour rejoindre la lumière du futur.

John French est un auteur dont les capacités ne sont plus à démontrer au sein de la Black Library. C’est précisément pour cela que The Passing of Angels déçoit autant. La nouvelle met en scène Sanguinius et les Blood Angels lors d’une campagne de soumission contre un monde ayant eu recours à des armes proscrites. L’Ange doit répondre au feu par le feu, déployer son Host de destructeurs masqués, mais porte seul le poids des âmes fauchées. Sur le papier, le concept est classique. Dans les faits, il s’écrase sous le poids de ses intentions.

Le problème est simple : French tombe dans le piège du cliché. L’ange triste, beau et condamné, accablé par la nécessité de détruire ce qu’il aime, est un archétype usé jusqu’à la corde lorsqu’il s’agit de parler de Sanguinius. Et plutôt que de le bousculer un peu, de le contourner ou bien de l’enrichir, French s’y installe et le pathos s’accumule page après page comme de la suie sur des ailes blanches. On comprend l’intention : rendre la grandeur tragique de Sanguinius palpable, montrer que même les anges saignent de l’intérieur. Mais à force de vouloir montrer la peine de son Primarque, l’auteur noie le récit dans une mélancolie si visqueuse qu’elle finit par étouffer tout le reste.

Le style ne rend pas service au récit. French écrit bien, cela reste indéniable, et certaines de ses descriptions possèdent une beauté réelle, presque poétique. Mais ici, cette maîtrise tourne à vide. Les phrases s’étirent, contemplatives et lourdes, au service d’un Sanguinius qui ne cesse de nous répéter, sous différentes formes, qu’il est un artiste voué à détruire malgré lui. La tragédie de sa condition méritait une démonstration, pas une lamentation. On n’apprend rien de nouveau sur le Primarque. Aucune facette inédite, aucune contradiction inattendue, aucune tension réelle entre ce qu’il est et ce qu’il doit faire. Tout est déjà dit dès les premières pages, et la nouvelle ne fait que se répéter ensuite avec une obstination que l’on ne peut qualifier que de décevante.

La scène entre Sanguinius et Horus sauve quelque peu la mise. Les deux frères attablés autour d’un jeu de stratégie, buvant un vin infect avec une égale dignité, offrent un moment de respiration bienvenu et un dialogue d’une qualité que le reste du texte peine à atteindre. On y perçoit la profondeur possible d’un récit qui aurait choisi de s’intéresser davantage aux relations entre Primarques qu’au monologue intérieur d’un ange épuisé de lui-même. Cette scène rappelle ce que French peut faire quand il ne se noie pas dans le lyrisme.

Alepheo, le commandant de l’ost de destruction, est une bonne idée également, mais il reste trop en marge pour peser réellement sur le récit. Son rapport à la calligraphie, à la langue morte et à la mémoire de son frère humain est l’embryon de quelque chose d’intéressant, vite étouffé par le retour systématique à la contemplation de Sanguinius.

The Passing of Angels est une nouvelle qui échoue à faire décoller son sujet, plombée par un pathos dont elle n’arrive jamais à s’extraire. La peine de Sanguinius est son fardeau, dit-on. C’est aussi celui du lecteur.

Les plus

  • La scène entre Sanguinius et Horus, dialogue bien écrit et moment de vraie respiration.
  • La maîtrise stylistique de French, réelle même quand elle tourne à vide.
  • Alepheo, personnage secondaire à potentiel, même sous-exploité.

Les moins

  • Le cliché de l'ange triste, répété sans être renouvelé.
  • Un pathos omniprésent qui étouffe le récit.
  • Aucune révélation sur Sanguinius, aucune facette inédite.
  • Une contemplation qui dérobe l'action sans la transcender.
2/5

Décevant de la part d'un auteur capable de mélanger habilement guerre et poésie, The Passing of Angels prouve qu'un beau plumage ne suffit pas à faire décoller une nouvelle.