Critique de Perturabo : Stone and Iron par Maestitia
Publié le Lundi 19 janvier 2026Avec Stone and Iron, la Black Library propose un audio drama court (21 minutes) mais très ciblé, pensé moins comme un récit de bataille que comme une démonstration idéologique et tactique. On y retrouve deux légions emblématiques, les Imperial Fists et les Iron Warriors, réunies sous une alliance de circonstance face à une menace ork. En apparence, rien d’exceptionnel. En pratique, tout repose sur la présence de Perturabo, et sur ce qu’il choisit, ou refuse de faire.
L’histoire est simple, presque minimale. Le 33e Grand Bataillon des Iron Warriors, récemment levé et encore inexpérimenté, accompagne une force d’Imperial Fists déjà engagée dans une défense acharnée. Les Fils de Dorn encaissent vague après vague de peaux vertes, tenant leurs lignes avec une efficacité stoïque qui fait honneur à leur réputation. Perturabo est présent, en personne, mais reste inactif. Il observe. Il mesure. Il juge. Cette inaction n’est ni une hésitation ni une contrainte logistique : elle est volontaire. Les Imperial Fists meurent pendant que le Primarque des Iron Warriors transforme le champ de bataille en salle de classe.
Ce choix est au cœur de Stone and Iron. Perturabo n’est pas là pour gagner vite, ni même pour gagner proprement. Il est là pour enseigner. Le 33e Bataillon est évalué, testé, exposé à une vérité brutale : la guerre de siège n’est pas une affaire d’héroïsme ou d’endurance morale, mais de calcul, de timing et de mépris assumé pour le coût humain, surtout lorsqu’il n’est pas le vôtre. Les Imperial Fists deviennent, qu’ils le veuillent ou non, un outil pédagogique. Leur résistance offre à Perturabo le temps nécessaire pour illustrer la différence fondamentale entre la pierre et le fer.
Lorsque le Primarque finit par intervenir, le contraste est violent. Le bombardement écrase les Orks, la victoire est immédiate, presque triviale. Tout ce qui aurait pu être évité ne l’a pas été. Et c’est précisément ce qui rend le dialogue final si tendu. L’officier Imperial Fist comprend que cette victoire aurait pu être obtenue bien plus tôt, sans ces pertes inutiles. Perturabo ne nie rien. Il revendique. Sans cette hécatombe, il n’y aurait pas eu de leçon. Sans sacrifice, pas d’enseignement valable.
Le texte ne cherche jamais à réhabiliter Perturabo, mais il ne le caricature pas non plus. Il agit conformément à sa vision du conflit, à sa logique froide et utilitariste. Stone and Iron laisse volontairement l’ambiguïté s’installer : s’agit-il d’un pédagogue monstrueux mais cohérent, ou simplement d’un Primarque incapable de considérer ses alliés autrement que comme des ressources jetables ? L’audio drama expose.
C’est précisément là que le format audio prend tout son sens. En 21 minutes, il n’y a pas de place pour le superflu. La bande sonore est dense, efficace, et clairement orientée vers l’immersion plutôt que le spectaculaire gratuit. Les tirs de bolters sont nets, reconnaissables, sans excès. Les cris des Orks, un peu en retrait dans le mixage, auraient gagné à être plus présents, mais ce choix semble assumé : ce n’est pas un récit de carnage, c’est une mise en situation tactique. Les peaux vertes sont une pression constante.
Les détails sonores secondaires sont particulièrement réussis. Les bips de radars, le passage lointain des vaisseaux, la marche cadencée des Astartes contribuent à dessiner un espace crédible, lisible, sans jamais saturer l’écoute. On visualise les fortifications, les lignes de défense, l’attente pesante. Le temps qui passe est presque palpable, ce qui renforce d’autant plus le malaise face à l’inaction délibérée de Perturabo.
Mais ce sont les voix qui portent véritablement l’audio drama. Le doublage est solide, distinct, et permet d’identifier sans effort chaque intervenant. La performance vocale de Perturabo est centrale. Il y a dans son ton une désinvolture glaçante, une forme de condescendance maîtrisée, presque moqueuse, notamment face à l’officier Imperial Fist. Il ne s’énerve pas. Il n’élève pas la voix. Il explique. Et c’est précisément ce calme qui rend ses paroles insupportables. À l’inverse, l’Imperial Fist fait ce qu’il peut pour défendre sa position, son honneur et ses morts, mais il est condamné à perdre cet échange. Rhétoriquement, tactiquement, moralement.
Au final, Stone and Iron est un audio drama où il se passe objectivement peu de choses. Pas de retournement majeur, pas de révélation bouleversante, pas de bataille mémorable. Et pourtant, l’antagonisme historique entre les deux légions est parfaitement mis en scène. On ressort avec un rejet instinctif de Perturabo (ce qui est probablement l’effet recherché) tout en reconnaissant la cohérence interne de son raisonnement. Ceux qui apprécient le personnage y trouveront une illustration fidèle de sa philosophie. Les autres, comme moi, resteront peut-être sur leur faim, d’autant plus si l’on n’a pas d’attachement particulier pour ces deux légions.
Cela reste néanmoins une proposition honnête, bien produite, qui exploite intelligemment le format audio drama sans chercher à le transformer en audiobook déguisé.
Les plus
- Excellente mise en scène de l’antagonisme Iron Warriors / Imperial Fists.
- Doublage convaincant.
- Ambiances sonores efficaces et lisibles.
Les moins
- Aucun événements concrets en dehors du discours idéologique.
- Impact limité si l’on n’est pas déjà sensible à ces légions.
Stone and Iron n’est pas un récit de guerre, mais une démonstration de principe. Un audio drama qui préfère l’inconfort moral à l’épique, et qui rappelle que, dans l’Imperium, certaines leçons se paient toujours au prix du sang des autres, même celui des alliés.
