Le ReclusiamCritiques des publications et Ebooks Warhammer 40 000 de la Black Library
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Ad Patres

Cela faisait maintenant trente minutes que Tekk, dit le Virulent, arguait face aux silences calmes et sereins de l’Ultramarine :

 — Par le Père de tous ! Comment peux-tu rester aussi froid qu’un glacier après ce que je viens de te dire ?!

Marcus était assis sur un amas spongieux déformé par diverses brûlures, le regard perdu dans le creux de ses gantelets, comme hypnotisé par des détails jusqu’alors insignifiants.

 — Que dis-tu, toi, dans cette situation qui est la nôtre ? demanda Marcus sans remuer autre chose que ses lèvres pour répondre.
 — … qu’il y a forcément une autre solution ! Chaque problème a sa solution non? Il suffit de la trouver par Russ !
 — Je n’en vois aucune autre. Et toi ? interrogea-t-il de nouveau.
 — Mais je n’en sais rien, c’est toi le fils d’Ultramar, c’est toi qui dois savoir où chercher, pas moi.

Le Space Wolf tournait comme un loup en cage, faisant les cent pas sur ce sol squameux, organique, sans pour autant parvenir à se maîtriser. Il haletait et lançait des coups d’œil par intermittence. Ce qu’il foudroyait du regard, était le boyau à leurs côtés. Il était tout juste assez large pour laisser passer un Astartes au prix d’un effort non négligeable, mais c’était sa longueur qui posait problème aux deux membres de la Deathwatch.

En effet, depuis que l’escouade Collisio avait pénétré le cœur de la Lune tyranide Karnia, les choses s’étaient gâtées. Leur mission était pourtant simple : atteindre le cerveau de l’esprit xenos qui se situait profondément sous la surface de la lune et y déposer une tête atomique avant d’évacuer le site.

 — Quels sont les faits Marcus, aide-moi à réfléchir un peu, réclama Tekk en cessant de marcher.
 — Nous avons livré bataille contre les xenos depuis notre descente en secteur hostile, il y a de ça sept virgule trente-trois heures. Nous avons perdu frère Olis lors de la quatrième heure à cause d’une frappe psychique d’une créature identifiée par la suite comme étant un zoanthrope. Il a pu être évacué à temps pour des soins immédiats. Plus tard, lors de notre plongée dans le ventre de la bête, c’est frère Sto’lal qui a rejoint l’Empereur après avoir succombé à un poison mutagène encore inconnu. Cette substance toxique lui avait pénétré l’organisme suite à l’explosion d’un spore lors de notre atterrissage. Bien que d’une résistance extraordinaire, notre frère n’a pu lutter contre le poison combiné à l’atmosphère nocive des lieux. Toute cela afin de parvenir au plus près du cœur du monstre.

Marcus fit une pause et joignant ses mains, murmura une litanie d’hommage avant de reprendre :

 — Cependant, Karnia a comme qui dirait réagi et l’entité est parvenue à déplacer l’organe central de la lune en l’enfonçant davantage dans sa structure organique. À présent, nous voici à plus de deux milles kilomètres de profondeur, du lieu où se trouve notre objectif.
Notre lieu de mort ! éructa Tekk soudainement.
 — Ce n’est pas exact Tekk et tu le sais aussi bien que moi. Nous ne sommes pas obligés de mourir tous les deux ici, dit-il en relevant la tête afin de fixer le Space Wolf dans les yeux.
 — Je n’ai aucune intention de crever digéré par cette abomination et il est hors de question qu’un Astartes de ton rang laisse sa peau comme ça !
 — Et pourtant Tekk, combien de ceux avec qui je suis entré dans le monde en sont déjà partis.

Il n’y avait pas de colère dans la voix de Marcus, juste une énergie, une force qui l’avait amenée à accomplir des exploits, d’abord au sein de son Chapitre, ensuite parmi l’Ordo Xenos, la Deathwatch, l’élite de l’élite Astartes.

 — On ne nous apprend qu’à combattre, jamais à mourir, pas de cette manière… dit Tekk en niant de la tête.

Un court silence s’imposa. Les deux Space Marines se fixaient intensément, figés comme deux énormes statues de céramite, l’une droite en tension face à l’autre assise et calme. Seules leurs épaulières gauches où figurait l’emblème de la Deathwatch renvoyaient un peu de lumière et contrastait avec les ténèbres environnantes.

 — Si tu remplis la tâche présente en obéissant aux ordres, avec empressement, énergie et sans y mêler aucune affaire accessoire ; si tu veilles à ce que soit toujours conservé pur ton esprit, comme s’il te fallait le restituer à l’instant ; si tu rattaches cette obligation au précepte de ne rien attendre et de ne rien oublier; si tu te contentes, en ta tâche présente, d’agir conformément au credo, et en ce que tu dis et ce que tu fais entendre, de parler selon l’héroïque vérité, tu vivras digne à jamais. Et personne ne pourra t’en empêcher, pas même la mort.
 — Voilà que tu me fais la morale en déroulant le Codex… Je ne sais plus quoi te répondre mon frère.

Tekk fuyait le regard de Marcus, à présent incapable de supporter le poids de la vérité.

 — Je n’ai pas peur de la mort non plus, reprit-il, mais on doit pouvoir remonter par où nous sommes arrivés avant que la bombe n’explose et ces xenos avec.
 — La charge n’est pas dotée d’un minuteur suffisamment long. Nous nous sommes considérablement avancés dans les entrailles du Grand Dévoreur au prix de vies Astartes. J’ai déjà fait plusieurs fois les calculs. Depuis le débarquement, nous cherchions un fort signal thermique pour nous mener au cœur, mais Karnia est capable de déplacer ses organes vitaux à l’approche du danger et de remodeler les artères qui nous servent de sentier de progressions. Tout renfort est inconcevable. Toutefois, une lune de cette taille ne doit pas être négligée. Cette cible est prioritaire et nous devons l’anéantir, ou préfères-tu laisser ces nids parcourir impunément tout le secteur ? demanda-t-il.
 — Arrête ça ! rugit le loup en serrant le poing dans la direction de Marcus.

Tekk avait tout le corps contracté, comme si c’était lui la bombe et qu’il était prêt à exploser au prochain mot. L’Ultramarine se leva finalement et vint poser une main amicale sur l’épaulière du loup.

 — Tout va bien se passer mon frère. Garde le contrôle sur ta vie et je garderai le mien sur ma mort. Si tu échoues, alors j’échouerai avec toi. Mais si au contraire tu parviens à quitter cet endroit en vie, je pourrais accomplir ma dernière mission en accord avec le Credo. Que choisis-tu ?

Le visage de Tekk finit par se détendre un peu, faisant disparaître une partie des rides de colère qui l’avaient déformés il y a quelques instants. Le loup contemplait face à lui les décorations qui ornaient l’Ultramarine. Chaque parcelle de son armure était un espace dédié à la bravoure et au devoir. Des sceaux de pureté, par dizaines, des pendentifs de divers folklores, mais aussi des vestiges de batailles que le guerrier avait nettoyés sans pour autant les avoir fait totalement disparaître.

 — Je n’ai pas accompli la moitié de tes victoires, comment puis-je te laisser mourir ici et fuir ma propre mort ? souhaita savoir le Space Wolf.
 — Afin que tu vives assez pour faire aussi bien que moi, dit-il d’un ton léger.
 — Je ne suis pas d’humeur à plaisanter, lui répondit-il sèchement.
 — Je ne plaisantais pas. Maintenant, donne-moi la bombe et quitte cet endroit. Tu auras 24 minutes pour remonter le boyau, pas une seule de plus. De là, tu pourras être récupéré.

Le loup attendit une seconde après que le bras de l’Ultramarine lui soit tendu. Il décrocha la tête nucléaire de sa ceinture et offrit l’objet de mort à son frère d’armes.

 — Je ne suis qu’un enfant de Fenris, où tu demeures un héros de l’Imperium. Je sais que parmi les tiens, ta vie et ta mort seront inscrites dans d’innombrables archives, coincées dans des livres trop épais ou encodées dans une base de données faite de zéros et de uns. Mais chez nous, nous n’accordons aucune valeur aux traces écrites, à la place, ce sont nos paroles que nous célébrons et transmettons de génération en génération, de guerrier en guerrier. Toi, fils d’Ultramar, quel est ton nom ? voulu savoir le loup.
 — Mon nom est Marcus Catilius Severus.