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Terrain de Chasse

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Hors concours

Cela faisait dix-huit cycles que le caporal Lenn et son bataillon était stationné sur cette foutue planète. Bruna 3, un monde aux jungles marécageuses sans grand intérêt pour l’impérium, seules ces saletés d’Orks s’étaient répandus comme une épidémie. Comme toute maladie contagieuse il fallait la stopper avant qu’elle ne prolifère, ils en étaient le vaccin.

Son régiment, le 9ème Dragon de Brimlock, dont la renommé n’était plus à faire, avait été envoyé faire le sale boulot. Rares étaient les troupes de l’Empereur-Dieu pouvant se targuer d’avoir survécu à tant de théâtres d’opération. Le régiment avait combattu lors de la croisade du Golfe de Damoclès, participé à la campagne de Taros et souffert pour endiguer l’avancée de la flotte ruche Behemoth.

Cette raclure verte n’avait posé aucun problème, bien au contraire. Son commandant, TIbérius Fuller, un incompétent de premier ordre, s’était vanté de la résolution rapide de ce déploiement après avoir mis en déroute une troupe très disparate de peaux vertes. Cependant, Lenn, qui était au premier rang durant ce massacre avait pressenti que quelque chose de pas net se tramait. La charge du 9ème en escadrons de chimères n’avait laissé aucune chance aux xenos. Les Orks semblaient apeurés, ce qui tranchait drastiquement avec leur comportement habituel.

C’est lorsque le lieutenant Fuller avait ordonné aux poings blindés de s’enfoncer dans les marécages pour exterminer les Orks que la situation leur avait échappé. À peu près au même moment les autres colonnes disséminées sur Bruna 3 s’étaient mises à envoyer des signaux radios appelant au secours. Puis le contact radio avait été coupé. Les blindés s’embourbèrent rapidement dans les marécages. La troupe dû alors poursuivre à pied.Les seules traces d’Orks dans cette fange immonde étaient des cadavres, parfois pendus aux branches sans feuilles d’arbres morts à d’autres moments un petit étang marécageux pouvait laisser apparaitre des dizaines de corps gonflés flottants à la surface. Nulle trace de qui ou quoi avait bien pu faire ça. Il s’enfoncèrent plus loin dans cette jungle humide, où le soleil disparaissait pour laisser place à une semi-obscurité étouffante.

Puis la mort s’abattit sur les dragons de Brimlock. Fuller fut l’un des premiers. Il fut indemne adossé à un tronc d’arbre, ses yeux révulsés d’une manière paraissant physiquement impossible, ses trois gardes du corps gisants décapités autour du lui. Le coeur du pauvre homme avait lâché sous le coup.

Des soldats disparaissaient lors de leurs tours de gardes ou en s’éloignant pour soulager leurs vessies. Bientôt il ne furent plus qu’une trentaine sur les cent cinquante qui avaient foulé le sol de cette planète. Lenn était le plus haut gradé parmi les survivants. Ils étaient terrifiés aucun n’osait se séparer du groupe, psychologiquement ils étaient en état de choc. Comment se battre contre un ennemi invisible qui ne tirait jamais un coup de feu et laissait silencieusement dans son sillage des corps sanguinolents ? L’ombre omniprésente sous la canopée de cette jungle marécageuse tapait sur les nerfs des soldats.

La végétation et la faune hostile de Bruna avaient prélevé son tribut parmi les hommes de Lenn. Après dix-huit cycles dans cet enfer tout semblant de discipline avait disparu. C’est complètement désorientés qu’ils crurent être tirés d’affaire.

Devant eux un immense marécage, de l’autre côté le campement de base installé à leur arrivée et au loin sur une plaine dégagée les vaisseaux pour quitter l’orbite. Lenn se tourna vers ses hommes et leur adressa son dernier ordre.

 — Délestez-vous au maximum il n’y a plus de temps à perdre, il faut traverser à la nage, quittons cette foutue planète !

Ils s’exécutèrent sans imaginer un seul instant le danger tapis au fond du marécage. La proie était exactement là où le chasseur souhaitait qu’elle soit. La boucherie démarra à l’endroit le plus profond, la meute de Night Lords remonta vers la surface, ils cueillirent leurs proies incapables de se défendre dans l’eau trouble, le massacre fut bref. Keeve Wrogonz, leur chef, laissa un de ces misérables humain atteindre la rive opposée.

Lenn n’en croyait pas ses yeux, ils semblaient presque arrivés quand l’eau s’était mise à tourbillonner, il vit ses camarades attirés impuissants vers le fond et revenir sous forme de tâches rougeâtres, il nagea avec l’énergie du désespoir et parvint à atteindre la rive. C’est après avoir couru quelques mètres en titubant qu’il osa se retourner. Le caporal Lenn découvrit avec effroi qu’il était le seul survivant. Pire une silhouette immense émergea de l’eau. Tétanisé il laissa s’approcher ce colosse armuré au casque aux lentilles rouges sang, il souilla son pantalon mais son esprit vacilla complètement lorsque la chose se mit à parler.

 — Va raconter ce que tu as vu humain, et dis à ton misérable empereur et à ses subordonnés que ce monde est le terrain de chasse des Night Lords.

C’est brisé et le regard vide que le caporal Lenn arriva au camp de base, il fit son rapport puis fut déposé à l’infirmerie. Il s’assit sur le lit de camp, le regard toujours perdu, coincé dans les atrocités et les cris qu’il ne pourrait jamais effacer de sa mémoire. Il sortit son couteau de combat de son étui le rapprocha de sa gorge et trancha d’un coup sec.