Critique de Blood Games par Maestitia
Publié le Samedi 24 janvier 2026 | 4 corrections après publicationIl se déplaçait depuis dix mois. Dix mois, et dix-huit identités, la plupart assez authentiques pour réussir à berner le réseau de Vérification Biométrique Unifiée. Il avait semé derrière lui trois fausses pistes afin de leur faire perdre sa trace : l’une menant vers les fiefs slovakiens, l’une vers Kaspia et les Confins nord, tandis que la dernière traçait une route sinueuse au travers du Tirol et par les temples dolomites qui surplombaient la fosse de Venize. Il avait patienté tout l’hiver dans la ruche Bucuresti et traversé le bassin de la mer Noire par spinner-cargo durant la première semaine du reflux des glaces. Arrivé à Bilhorod, il avait rebroussé chemin pour se défaire d’un suiveur indésirable et s’était caché trois semaines dans une usine désaffectée de Mésopotamie, à planifier son prochain mouvement.
Dix mois ; un peu long pour une partie de chasse, mais il s’y livrait prudemment, en synchronisant ses déplacements avec d’autres flux, en suivant les routes de commerce, de trafic interprovincial, les migrations saisonnières de main-d’œuvre. Ils ne l’avaient pas fixé sur la grille orbitale, cela était certain à cent pour cent, et il estimait raisonnablement qu’ils n’avaient pas la moindre idée, même approximative, de sa position. Plus personne n’était sur ses talons depuis Bilhorod.
Il chemina à pied au travers du Baloutchistan, en s’embarquant parfois clandestinement sur quelque véhicule, et pénétra les frontières du territoire impérial trois cent trois jours après qu’il se fut mis en route.
Le sommet du monde avait eu le temps de changer en dix mois. Un pic tout entier avait disparu de la ligne des montagnes éblouissantes, formant un creux contraire à ses souvenirs qui le taraudait comme une dent manquante. À cette haute altitude, l’air sentait la poix, les alliages fondus et la pierre arasée. Les guerriers-ingénieurs du primarque Dorn employaient leur art poliorcétique à renforcer les flèches les plus hautes et les plus robustes de Terra.
L’odeur de la poix, des alliages et de la pierre était celle de la guerre qui approchait ; ses notes fragmentées s’accrochaient à l’air vif de la vieille Himalasie.
C’est la première et la meilleure nouvelle du premier recueil de l’Hérésie d’Horus. Je me souviens très bien de la déception de voir paraître des recueils au lieu de roman dans la saga, d’autant plus lorsque les histoires ne faisaient avancer en rien le fils rouge de l’hérésie. C’est bien plus tard que je me résigner à lire les recueils qui, parfois, offraient de belles surprises. Une Parties de Chasse fut la première.
Parties de Chasse dure à peine plus d’une trentaine de page, mais la plume de Dan Abnett fait des miracles en peu de temps. C’est une nouvelle preuve indéniable du talent de cet auteur.
L’histoire peut se diviser en deux parties.
La première se concentre sur une partie de chasse (Blood Game en version originale) en tant que telle. C’est une activité qui n’a rien d’un jeu, mais qui peut s’y apparenter si on occulte le fait que l’Adeptus Custodes doit utiliser tous les moyens nécessaires afin de pénétrer dans le Palais Impérial de Terra sans se faire repérer. Cela implique falsifier l’identité d’une pléthore de quidam, mais aussi dassassiner les individus qui se trouveraient sur le chemin des prétoriens de l’Empereur.
Les Custodiens de cette nouvelle en sont le point central et c’était à l’époque le tout premier aperçu que nous avions de ces guerriers si mystérieux et dont la létalité était légendaire au point où même les Primarques les tenaient en respect. C’est donc avec un plaisir non dissimulé que j’attaquais la lecture.
L’auteur nous plonge rapidement dans la peau d’un prétorien en pleine infiltration. Infiltration qui dure déjà plus de dix mois. Avant de parvenir proche des montagnes Himalayennes, il faut réussir à passer sans se faire repérer par divers territoires sous surveillance continue. Depuis que la nouvelle de la trahison du Maître de Guerre Horus Lupercal s’est propagée, Rogal Dorn et ses Imperial Fists travaille sans répits à transformer le palais impériale en forteresse inexpugnable.
À travers les yeux et les progrès de ce Custodien, Abnett nous permet de découvrir Terra pour la première fois et de considérer les préparations au siège sous un angle purement militaire. Le texte est fluide, mais le vocabulaire soutenu. Ce savant mélange offres des descriptions qui mutent en ambiances fortes. C’est un spectacle lent et maîtrisé.
L’auteur ne s’arrête pas à l’atmosphère, mais nous donne aussi du lore sur l’Adeptus Custodes : comment l’intérieur de leur plastron est ciselé de leurs noms. Comment ces derniers les ont acquit et pourquoi il ne serait pas sage de comparer un Custodien à un Space Marine. Tout cela véhiculé par une prose qui laissera l’imagination du lecteur faire le reste du travail de composition.
La seconde partie est plus concrète en terme d’immersion dans la saga. La partie de chasse est terminée et Amon Tauromachian (le Custodien de la première partie) est mandaté d’infiltrer une cité ruche du Haut Brasil sur Terra où des indices laissent à penser une corruption du gouvernement en place.
Afin d’étouffer tout risque de rébellion, un duo de Custodien va user des même subterfuges que lors des parties de chasses pour infiltrer la puissante noblesse tout en y déployant des mouchards qui permettront de récolter les preuves manquantes.
Le texte perd un peu de son lyrisme, mais en profite pour nous plonger dans le feu de l’action avec des scènes à suspens et des combats très techniques, parfois difficiles à s’imaginer. C’est aussi l’introduction des Noirs Lucifers. Cela vous dit quelques chose? C’est bien, alors je ne tergiverserai pas plus sur ses gardes du corps d’exception.
Le retournement de situation quelques pages avant la fin créer son petit effet de surprise, mais l’indice qui y amène est , selon moi, absurde pour ne pas dire grotesque. Mais nous pardonnons aisément à Abnett ce petit écart.
Finalement, cette petite partie est un très bon divertissement. La chasse est bien menée et les Custodiens brillent par leur bravoure, leur loyauté et leur excellence. Un apéritif qui se savoure en vue du plat principal : le Siège de Terra.
Les plus
- Belle exploitation du concept de parties de chasse.
- Une visite guidée de Terra qui se fortifie en prévoyance de la guerre.
- Un mélange maîtrisé entre contemplation et action.
- Une plume riche et agréable.
Les moins
- On crypte les textes, mais pas leurs en-têtes. Sérieusement ?
Parties de Chasse est une nouvelle efficace comme le tranchant d’une lame custodienne ou la plume de son auteur : elle va droit au but, avec élégance et pertinence. En quelques pages, le lecteur apprendra à connaître les prétoriens de l’Empereur sous toile d'infiltration musclée.
