Le ReclusiamCritiques des publications et Ebooks Warhammer 40 000 de la Black Library
Navigation
Navigation

Critique de Da Freebooterz Code par Maestitia

Publié le Mardi 3 novembre 2026

Le Gork’s Revenge sortit du champ d’astéroïdes à toute vitesse, percutant au hasard de petits rochers et frôlant les plus gros avec assez de force pour risquer de sérieux dégâts, mais ils ne pouvaient pas ralentir. Les zhoms qui étaient entrés dans le champ d’astéroïdes pour les trouver étaient toujours là-bas, à essayer de les rattraper.

Alors qu’ils émergeaient dans l’espace vide, le Kaptaine Skeeg Horntoof vit le gros vaisseau humie se dresser devant eux. Même d’aussi loin, il avait l’air énorme. C’était la vraie raison pour laquelle il poussait son krew à maintenir la vitesse. Il voulait éviter que le vaisseau humie ne les prenne en chasse et rejoindre le gros le plus vite possible.

Ils avaient vu les vaisseaux humies sortir de la warp, mais avant même que Blak Skad n’ait dit quoi que ce soit, Horntoof savait que ce n’étaient pas des vaisseaux zhoms ordinaires. Ceux-là avaient été envoyés parce que les zhoms en avaient marre qu’on pille leur butin. Ça devait arriver tôt ou tard. Même les zhoms finissaient par krazé si on leur volait trop.

Pourtant, dès qu’il l’avait vu, il avait su que le gros était le vaisseau qu’il lui fallait. Il avait ordonné à la barre de continuer vers le vaisseau humain, puis s’était retourné et avait quitté la passerelle. À présent, une dizaine de minutes plus tard, il y revenait à peine. Le gros vaisseau humain grossissait à vue d’œil devant eux. Il le fixa. Il était parfait. Gros, chargé de dakka, et probablement bourré de butin. D’autres vaisseaux se cachaient derrière le gros comme une bande de snotlings froussards, mais il les ignora. Il n’avait d’yeux que pour le gros.

Blak Skad le regarda. « T’étais où ? Da kaptin est censé rester sur da passerelle. »

« Tout est sous contrôle, » dit Horntoof. « J’avais un truc à faire. »

Les yeux de Blak Skad se plissèrent de suspicion.

« Ça va s’couer, » beugla Horntoof à l’ékipage, ignorant le regard de Blak Skad. « C’est not› cible les gars ! »

Blak Skad regarda le croiseur de bataille humie, puis son kaptin. « Sauf qu’elle va pas péter, hein ? Le seul truc qui va péter si on essaie de prendre ce vaisseau, c’est nous. »

« Tu dis qu’on peut pas le faire ? » demanda Horntoof.

« Pas ce gros-là, » dit Blak Skad. « Comment tu vas t’y prendre ? »

« Pareil que pour tous les autres vaisseaux, non ? À vitesse d’abordage. »

« Kaptaine, » dit Blak Skad, sur ce ton que Horntoof savait signifier qu’il ne lui parlait pas vraiment en tant que kaptin mais en tant qu’ork qu’il considérait comme un idiot soigneusement placé. « On arrivera jamais à ce vaisseau sans que leur dakka nous démolisse. »

Horntoof fixa Blak Skad d’un regard sévère, digne d’un vrai kaptaine. Prendre ce vaisseau humain massif allait être la façon de prouver qu’il était un grand flibustier. Ce serait comme ça qu’il montrerait à Blak Skad, au reste de l’ékipage du Gork’s Revenge et à quiconque croiserait leur route dans le vide qu’il était l’un des plus grands pirates à avoir jamais sillonné les cinq segmentae. Il allait montrer à Blak Skad tout de suite qu’il n’était pas un kaptaine marionnette dans lequel on pouvait enfoncer le poing pour l’agiter comme un painboy dérangé avec un grot mort. En plus, s’il prenait ce vaisseau, il pourrait montrer aux Bad Moons ce qu’un ork avec un plan pouvait accomplir.

« T’as peur, Blak Skad ? » dit Horntoof.

Les yeux de Blak Skad flamboyèrent de colère. « J’ai pas peur, » gronda-t-il. « Mais j’suis pas stupide. »

« Moi non plus j’suis pas stupide, » dit Horntoof. « Je sais que les zhoms essaient de nous pousser vers le gros. »

« Ouais, » dit Blak Skad, « et c’est ce que tu fais – exactement ce qu’ils veulent, non ? »

« Nan, ils rendent ça trop évident. Ils veulent vraiment qu’on s’détourne du gros. Alors moi, j’les surpasse en réfléchissant. Ils veulent qu’on croie qu’ils nous poussent vers le gros pour qu’on y aille pas, mais je sais qu’ils veulent vraiment qu’on s’en détourne, donc je fais ce qu’ils font semblant de vouloir qu’on fasse. »

Blak Skad plissa les yeux pendant que son cerveau tentait désespérément d’analyser la complexité non seulement de cette phrase mais aussi de la question de savoir si son kaptaine pouvait avoir raison. La conclusion à laquelle il parvint était simple.

« Mais tu nous fais quand même voler vers un vaisseau avec assez de dakka pour nous hacher menu. »

« On peut pas faire du rhum de squig sans casser quelques squigs, » déclara Horntoof, comme si cela réglait la question.

« Mais on a qu’un seul vaisseau, donc c’est comme dire qu’on a qu’un seul squig ! »

« Des fois, un squig suffit, » dit Horntoof, n’écoutant apparemment son second que d’une oreille.

« Pas pour faire du rhum de squig, non, » dit Blak Skad. « Tu sais combien de squigs faut broyer pour faire ce truc ? »

Le gigantesque vaisseau humain ouvrit le feu. Horntoof vit l’éclair. Un seul groupe de canons tira depuis le milieu de sa longueur. Un seul tir. De tout ce gros vaisseau, juste une salve.

« Y tirent, » dit Blak Skad.

« Ouais, » répondit Horntoof. « Un seul tir, cela dit. Quel gâchis de dakka. Ça va rien faire du tout. »

Le tir de canon approcha en gerbe qui s’élargissait. Certains projectiles passèrent à côté du vaisseau et continuèrent dans l’éternité de l’espace, mais d’autres touchèrent au but. Ils percutèrent le Gork’s Revenge, et Horntoof regarda les éclairs verts du champ de force autour du vaisseau absorber les impacts. Il sentit les légères secousses de la coque environnante, le cliquetis des gubbinz mal boulonnés.

« Kaptaine, on va se faire krazer si tu continues comme ça. »

Horntoof regardait droit devant, indifférent aux objections de Blak Skad. Il ne prenait même pas la peine de le rappeler à l’ordre pour son refus persistant de reconnaître que Horntoof était le boss et que ce qu’il disait faisait loi. Il continuait plutôt à observer le vaisseau humie devant lui, commençant distraitement à passer sa lame crochue aux dents de scie cruelles autour de l’une de ses plus longues teef.

Il se passait quelque chose là-bas, au milieu des vaisseaux humies. Il le sentait. Les petits poils de son nez se hérissèrent, une sensation de bourdonnement statique se répandit sur le reste de sa peau. Il savait que les autres orks sur la passerelle le sentiraient bientôt aussi. Comment pourrait-il en être autrement ? Le crépitement sur sa peau semblait devoir produire des étincelles visibles.

« Boss ! » cria Gornuk.

« Je sais, » dit Horntoof en souriant. « Je vois. »

Des orks pirates, une jambe de bois et une libre-marchande qui ne baisse jamais les yeux : Justin Woolley avait de quoi nous régaler, et il le sait. Da Freebooterz Code est le roman que j’attendais de lui depuis Le Diable de Catachan, dont la partie ork m’avait laissé avec une promesse en suspens.

Tout commence à bord du Gork’s Revenge, sous le commandement du Kaptain Skeeg Horntoof, ancien Bad Moon excommunié, entouré de son second Blak Skad. Ce dernier a déjà assisté à plusieurs mutineries, donc à plusieurs kaptains déchus, sans jamais prendre la place. Suspect ? Évidemment. Le fameux « J’étais là le jour où bidule a tué machin » arrache un sourire dès les premières pages, et le ton est donné. En face, Antoinette von Hume, libre-marchande à la tête du Raging Symphony, de sa flotte et d’une concession commerciale vieille de dix mille ans, signée de la main de l’Empereur lui-même. Entre les deux, une station (Venrith), un seigneur rancunier (Maximillion) et un vaste champ d’astéroïdes pour jouer à cache-cache.

Ma crainte était simple : que Woolley refasse la même erreur et laisse les peaux vertes dévorer les humains. Il n’en est rien. Les deux fils narratifs sont passionnants et se répondent avec une vraie justesse. Antoinette contrecarre Horntoof à la perfection, et le lecteur ne se surprend jamais à tourner les pages des chapitres humains pour retrouver les orks.

Parlons justement d’Antoinette, parce qu’elle mérite une ovation. Terriblement humaine, charismatique, jamais impressionnée, ou alors elle sait le cacher, elle affronte les pires situations avec un aplomb qui force le respect. Elle entend des voix pernicieuses qui s’acharnent à la pousser vers le désespoir et la folie, et elle ne cède pas, pas plus qu’elle n’abandonne l’espoir de retrouver sa fille. Elle pourrait voler la vedette à Skeeg, et ce n’est pas peu dire. Les joutes verbales avec le Seigneur Maximillion sont savoureuses, les dialogues d’une belle qualité. Petit clin d’œil personnel : Antoinette, Madame Blade, une révolution qui gronde dans les bas-fonds de la station… Woolley a visiblement choisi ses noms avec malice. J’espère seulement que la libre-marchande garde sa tête sur ses épaules !

Côté ork, la grande réussite est la tempête de l’Empyrean qui s’abat sur la flotte d’Antoinette. Imprévisible, dévastatrice, elle redistribue les cartes comme une tempête en pleine mer qui sauverait les plus audacieux et sacrifierait les mieux préparés. Woolley décrit le phénomène avec un vrai talent, tandis que la dimension navale du récit, les manœuvres, les bordées, les abordages, prend corps avec une précision surprenante. L’abordage lui-même mêle humour et sauvagerie dans un cocktail qui résume parfaitement ce que le roman a à offrir. Mais c’est une autre scène qui m’a marqué : celle où le mekano Brokenonez et le Médiko Ded’Ands greffent une jambe mécanique à leur kaptain, sans anesthésie, cela va de soi. Grotesque, gore, hilarante, elle illustre le génie de bricoleur des orks. Elle fait surtout figure de baptême pour Skeeg : la jambe de bois est l’un des symboles les plus évidents de la piraterie, et Woolley l’inscrit dans le lore avec un naturel désarmant.

C’est d’ailleurs là que le roman est le plus malin. Le Code des freebooterz, qui organise un partage équitable du butin à la manière des anciennes chartes de la flibuste, donne à cette bande de pillards une structure étrange et inattendue. Voir des orks piller des vaisseaux sans tirer un coup de feu a de quoi déstabiliser. Voir ce même équipage s’approprier un navire humain et le simplifier à sa sauce, convaincu de savoir mieux que ses constructeurs, est un régal de fantaisie bien dosée.

Le roman cache en outre deux surprises, et je ne dirai pas un mot de plus. Elles sont là, elles vous attendent, et vous les découvrirez tout seul comme il se doit. Faites-moi confiance : la fin de partie vaut le détour.

Tout n’est pourtant pas parfait. Bella, la fille d’Antoinette, souffre d’une focalisation externe qui lui nuit cruellement. Le narrateur se contente de rapporter ses faits et gestes sans jamais accéder à ses pensées, sans jamais lui donner la parole. Résultat : un personnage qui aurait mérité plus de poids dans l’intrigue, et que l’on observe de loin. Madame Blade, elle, fait son travail de ressort narratif sans passionner pour autant. Et la fin, trop propre à mon goût, laisse une pointe de frustration, même si elle ouvre la porte à une suite que j’espère de tout cœur.

Reste l’équilibre entre humour et violence. Comme Le Diable de Catachan ou Chef de Guerre, Da Freebooterz Code penche volontiers vers le clownesque, et c’est voulu. Mais n’oublions pas que les peaux vertes sont aussi des xénos sanguinaires, dont la brutalité n’a pas d’égale. À quand un roman capable de réconcilier ces deux faces d’une même espèce ?

Les plus

  • Antoinette von Hume, personnage fort, humain et charismatique.
  • L’équilibre entre le fil ork et le fil humain.
  • La tempête de l’Empyrean et le combat naval, très bien narrés.
  • La scène de la jambe mécanique, drôle et symbolique.
  • Le Code des freebooterz, idée maligne qui donne de la profondeur à l'histoire.
  • Deux surprises qui valent le détour.

Les moins

  • Les deux grandes surprises du dernier acte, trop rapprochées pour respirer chacune.
  • Une fin trop propre.
4/5

Da Freebooterz Code est le roman ork que Justin Woolley nous devait : drôle, sauvage et équilibré, qui laisse entrevoir une suite que j’attends déjà.