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Critique de Les Flammes de la Trahison par Maestitia

Publié le Samedi 28 mars 2026 | 5 corrections après publication

Revêtu de l’or impérial, Diocletian Coros traverse le Palais. Il croise des pèlerins qui le supplient de leur donner un fragment de sa cape, de les bénir. Il les ignore. Il les ignore toujours.

Il traverse des musées consacrés à des âges perdus et des cloîtres dédiés à une nouvelle foi qui monte en puissance. Il marche, à travers des bibliothèques converties en couvents, le long d’avenues à présent ornées d’iconographie religieuse. Il avance, dans des halls jalonnés de statues à la mémoire des morts, dans des chambres de reliquaires abritant des os insignifiants et des champs de stase confinant des armes qui ne fonctionneront plus jamais.

Il n’hésite qu’à deux reprises au cours de son périple nocturne. La première fois lorsqu’un enfant en guenilles lui barre la route, en le regardant avec émerveillement. Diocletian se souvient d’un temps, ancien selon son appréhension des choses et quasi préhistorique pour les pèlerins et les mendiants qui l’entourent, lorsqu’il était aux côtés de Zephon, le Porteur de Tourments, et qu’un autre enfant s’était tenu devant lui de semblable façon.

Tant de temps s’était écoulé depuis. Tant de choses avaient changé.

— Êtes-vous l’Empereur-Dieu ? demande cet enfant.

Le passé et le présent se heurtent. Diocletian sent sa gorge se serrer. Il pose un genou à terre, dominant toujours le garçon de sa hauteur. Il voit l’or de son armure se refléter dans les yeux de l’enfant.

— Non, je m’appelle Dio, mais je connais l’Empereur.

Il détache sa cape écarlate, marquée de l’Aquila Palatin, le symbole personnel de l’Empereur. Il la plie et la tend à l’enfant crasseux, qui la prend avec des mains tremblantes. Peut-être servira-t-elle de couverture à ce garçon pour le restant d’une longue vie. Peut-être l’enfant sera-t-il tué par quelque chasseur de reliques jaloux. Diocletian sait ce qui est le plus probable en ce nouvel âge sombre, mais il espère se tromper.

Note concernant ce recueil du Siège de Terra.
Toutes les novellas du Siège de Terra ont été traduites en français, à l’exception de Garro : Chevalier du Gris de James Swallow. Pourquoi ? Nous ne savons pas, probablement en raison d’un retard dans la traduction. Quoi qu’il en soit, Black Library France a profité du recueil Era of Ruin pour y inclure enfin la novella Garro traduite et ont renommée le receuil Les Flammes de la Trahison. Cependant, les lecteurs francophones ne pourront pas profiter de la couverture de Era of Ruin, remplacée par celle de Garro : Knight of Grey.

Garro : Le Chevalier Gris — James Swallow

Une conclusion satisfaisante pour cet arc narratif d’un personnage auquel je me suis attaché. Cela dit, ce n’est pas une lecture indispensable, sauf pour les amateurs de Garro : l’histoire ne réserve pas de grandes surprises et ne bouleverse pas vraiment le récit du Siège. Malgré sa brièveté, elle regorge toutefois de petits détails et de moments marquants qui raviront les fans du personnage.

Des Anges d’un autre Âge — John French

Cette nouvelle relate les derniers instants d’un Blood Angel retranché sur les vestiges du mur de Marmax, alors que la bataille pour Terra touche à sa fin tragique. French y tisse une atmosphère suspendue entre poésie crépusculaire et violence viscérale, suivant la descente progressive dans la folie de Gaelon au moment précis où son père, le Primarque Sanguinius, trouve la mort. Le récit épouse la psychologie torturée des Blood Angels avec une justesse rare, capturant ce paradoxe fondateur de la légion : une âme d’artiste enfermée dans un corps de prédateur, condamnée à porter le poids d’une beauté aussi bien spirituelle que meurtrière. La prose de French sert parfaitement cette dualité, alternant des passages contemplatifs avec des éclats de brutalité soudaine. La chute de Gaelon n’est pas seulement physique, elle est métaphysique, le deuil du père se confondant avec l’effondrement d’un idéal. On en ressort avec un goût de fer sur la langue, exactement là où la nouvelle voulait nous laisser.

Fulgurite — Nick Kyme

On suit le loyaliste Word Bearer Narek sur Terra, un personnage animé d’une ambition aussi démesurée que son plan est bancal : rejoindre les combats du Palais Impérial et assassiner Lorgar à l’aide d’un fragment de fulgurite. Pour progresser, il choisit de tendre une embuscade à un convoi de déserteurs, comptant utiliser un de leurs transports. Manque de chance, l’opération tourne court lorsque des Emperor’s Children surgissent et le contraignent à fuir avec ces mêmes déserteurs à travers un désert aride et hostile. Le groupe finit par découvrir un laboratoire souterrain où Fabius Bile, fidèle à lui-même, a libéré une abomination biologique avant de prendre la poudre d’escampette sans se retourner… Narek parvient à s’extraire de cette situation catastrophique, mais c’est Erebus qui se charge de lui régler son compte dans un retournement aussi soudain qu’expéditif. Le résultat est décevant : les péripéties s’enchaînent sans cohérence narrative satisfaisante, les enjeux ne prennent jamais corps, et le tout dégage une impression de remplissage peu inspiré. Difficile de trouver grand-chose à défendre ici. C’est l’histoire la moins intéressante du recueil.

Fragments (Tout ce qu’il nous reste) — Dan Abnett

Une Sœur du Silence, Aphoné Ire, prend la parole et raconte une histoire. Derrière cette prémisse minimaliste se cache l’un des textes les plus habiles de l’anthologie. Abnett joue ici sur plusieurs niveaux simultanément : la narration, le silence paradoxal de la narratrice dont la nature même interdit toute expression psyker, et la relation qu’il tisse discrètement avec le lecteur extérieur. En choisissant ce personnage particulier pour tenir le rôle de conteuse, l’auteur crée une tension immédiatement féconde. Ce qui est dit résonne différemment selon que l’on considère l’auditoire fictif ou le lecteur réel, et Abnett exploite cet écart avec une économie de moyens remarquable. La nouvelle ne cherche pas à impressionner par l’action ou le souffle épique, mais par une forme d’intelligence narrative qui rappelle pourquoi la forme courte, bien maîtrisée, peut surpasser un roman entier. En quelques pages, il dit quelque chose de vrai sur la mémoire, la transmission et la fragilité de tout ce que l’on croit préserver. Brillant, du Abnett en somme.

Ex-Libris — John French

Ahriman tente de s’extraire de la bibliothèque de Leng lorsqu’un flash temporel le fige sur place et lui révèle, dans une série de visions fragmentées, que Horus est mort et que le warp lui-même est en train d’être aspiré hors de toute réalité connue. French utilise ce moment suspendu pour déployer une réflexion plus large sur la nature irréversible de l’événement : ni l’Empereur ni Horus n’avaient envisagé l’échec complet, et le monde qui subsiste ne ressemblera à rien de ce que l’un ou l’autre avait planifié. L’intention est lisible, et la prose conserve ce soin formel habituel chez French. On sent clairement la volonté de faire monter la pression dramatique, de donner à cette fin de cycle une résonance cosmique. Pourtant, quelque chose résiste. La nouvelle reste à distance, elle explique là où elle devrait faire ressentir, et les grandes déclarations sur l’échec et le changement irrémédiable sonnent davantage comme un épilogue nécessaire que comme une expérience littéraire convaincante. Pas mauvais, mais en deçà de ce que French est capable de produire.

Purge du système — Gav Thorpe

Le démarrage est laborieux. Le premier tiers s’installe dans une mollesse narrative qui peine à justifier son existence, sans tension suffisante pour accrocher ni personnages assez campés pour compenser. Mais dès que la troupe de la Magos entre en contact avec le White Scar, quelque chose se réveille. Les dialogues qui s’ensuivent donnent une vraie texture à la mission, instaurent une dynamique entre des cultures militaires radicalement différentes et rendent les enjeux tactiques lisibles et même engageants par moments. L’action, dans la seconde moitié, tient la route, et le dénouement est maîtrisé sans être exceptionnel. Le Mechanicum Noir reste un obstacle pour l’auteur : Thorpe fait visiblement des efforts pour le rendre menaçant et lui conférer une présence oppressante, mais le résultat demeure tiède. On comprend l’intention sans en ressentir l’effet. Cette nouvelle est représentative d’un certain niveau intermédiaire honnête dans les anthologies de la Hérésie : elle remplit son rôle sans laisser de trace durable. Pas mauvais, pas bon. Correct.

Après l’Aurore, les Ténèbres — Guy Haley

Voilà une excellente nouvelle, et l’une des plus humaines de l’anthologie. Haley y retrouve ce registre qui est clairement le sien : parler des civils, des sans-grade, de ceux que la guerre broie sans même les nommer dans les chroniques officielles. Le récit met en scène Katsuhiro et un enfant dans les camps de travail forcé, survivants d’un monde que les combats ont rendu méconnaissable. La rencontre avec une femme élargit doucement le cercle, avant que le retour de Shiban Khan ne vienne offrir à ce petit groupe une perspective inattendue : partir, quitter les ruines, retrouver quelque chose qui ressemble à un foyer, l’ancien territoire de Katsuhiro. Haley ne force rien. Il laisse l’espoir s’installer progressivement, sans naïveté ni sentimentalisme excessif. C’est précisément cette retenue qui rend la nouvelle touchante : on y croit parce qu’elle ne cherche pas à convaincre, elle se contente de montrer des gens ordinaires qui continuent à survivre. Efficace, généreux, et nécessaire dans un cycle qui peut parfois oublier les hommes au profit des demi-dieux.

Le Retour — Chris Wraight

Wraight prend son temps, peut-être un peu trop, mais cette lenteur est aussi la marque d’un auteur qui tient à soigner ses adieux. La nouvelle offre à Ilya Ravallion une sortie digne de son statut : personnage civil d’une importance considérable dans l’histoire des White Scars, elle a ici l’honneur rare d’une audience avec le Primarque Jaghatai Khan lui-même, encore en convalescence, rappel bienvenu qu’il a survécu aux événements du Siège. S’ensuit un voyage vers les terres natales de la terrienne, en compagnie de Sojuk, mélange de road trip mélancolique et de pèlerinage personnel. Sur place, Ilya entreprend de nettoyer une ancienne demeure familiale décrépite, geste symbolique fort dans un monde qui ne l’est plus. Le retour d’un Emperor’s Children dément brise brièvement ce recueillement, et Ilya trouve encore la force d’un dernier acte héroïque avant que ses forces ne l’abandonnent définitivement. Sojuk l’enterre. C’est touchant sans être larmoyant, et la courtoisie particulière de la Ve Légion envers les mortels traverse chaque page avec naturel.

Le seigneur charognard de l’Imperium — Aaron Dembski-Bowden

ADB plonge ici dans la psychologie des Adeptus Custodes à travers le regard de Diocletian, l’un des guerriers dorés les plus développés du cycle. La nouvelle s’ouvre sur une question étrange et révélatrice : comment les Custodiens font-ils leur deuil ? Ils ne savent pas. Ils n’ont pas de rituel, pas de tradition codifiée pour honorer leurs frères tombés, parce que personne n’avait vraiment anticipé qu’ils mourraient en si grand nombre. Cette lacune culturelle dit plus sur leur nature profonde que n’importe quel catalogue de capacités de combat. S’y ajoute une brève confrontation avec Roboute Guilliman, occasion pour ADB de montrer toute la maîtrise diplomatique de Diocletian, capable de contenir la tension sans l’alimenter, dans une scène sobre mais efficace. L’ensemble est écrit dans ce ton personnel et accessible qui caractérise l’auteur, jamais ostentatoire, toujours engagé. Une introspection de qualité sur des personnages que la Hérésie traite trop souvent comme des décors dorés. Bonne nouvelle, sans hésitation.

Les plus

  • Le dernier combat de Garro enfin traduit.
  • Un ouvrage équilibré.
  • Un recueil émotionnel après le désastre du Siège de Terra.

Les moins

  • French qui n'est pas au meilleure de sa forme.
  • Un recueil dispensable.
3.5/5

Un recueil plutôt surprenant quant à sa qualité. On notera la présence visible des White Scars pour notre plus grand plaisir et un goût aigre-doux quant aux thème abordés. Souvent triste, mais avec un regard toujours porté vers l'avenir, quoi qu'il advienne. Ouvrage dispensable, mais qui sait offrir au lectorat son lot d'émotions et saura stimuler l'impatience des plus passionnés.