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Critique de Children of Sicarus par Maestitia

Publié le Mardi 20 janvier 2026 | 3 corrections après publication

Avec Children of Sicarus, Anthony Reynolds signe l’un des audio dramas les plus denses et les plus marquants de la Black Library. En un peu moins de quarante minutes, le récit parvient à articuler à la fois un moment charnière du destin des Word Bearers, une démonstration éclatante de la duplicité de Kor Phaeron, et une mise en scène sonore d’une intensité rare. Nous ne sommes pas face à un simple épisode de transition : ce texte est une pierre angulaire de l’après-Calth et de l’installation définitive de la légion sur Sicarus.

Le point de départ est limpide. Après l’échec catastrophique de Kor Phaeron face à Roboute Guilliman sur Macragge, le Cardinal Noir fuit avec une poignée de survivants à travers une brèche du warp. Ils émergent sur Sicarus, un monde démoniaque situé dans l’Œil de la Terreur, peuplé de démons, de mutants et d’humains dégénérés. Loin d’être un refuge, la planète se révèle immédiatement hostile, chaotique, instable. Les Word Bearers ne sont pas chez eux. Ils sont attaqués, observés, convoités.

Le premier contact notable avec les puissances locales prend la forme de Larazzar, une adepte du Changement, figure servile mais ambitieuse des forces de Tzeentch. Sa présence est brève mais lourde de menaces : elle annonce clairement l’intention d’écraser les nouveaux venus. Pourtant, Children of Sicarus ne s’attarde pas sur un affrontement frontal. Le cœur du récit est ailleurs, dans la manipulation, la prophétie et le mensonge sacré.

Ce cœur prend forme avec Jepeth, prophète des “enfants de Sicarus”. Il incarne une croyance ancienne selon laquelle l’arrivée des Word Bearers aurait été annoncée depuis longtemps. Selon lui, ils sont les instruments d’une libération mutuelle : celle des habitants de Sicarus, et celle des fils de Lorgar, à qui il promet la possibilité de retrouver leur Primarque, Aurelian. Mais cette promesse a un prix. Un prix clair, non négociable : le sacrifice de Kor Phaeron lui-même.

C’est ici que le texte révèle toute sa pertinence. Kor Phaeron n’est pas confronté à un ennemi martial, mais à une vérité théologique qui le nie en tant qu’individu. Et sa réponse est parfaitement cohérente avec le personnage : Jepeth est exécuté, la prophétie étouffée, la vérité dissimulée. L’anathame est récupéré, mais aucun rituel n’est accompli. La foi est instrumentalisée, vidée de son sens, réduite à un outil de pouvoir personnel.

Lorsque Larazzar revient, cette fois à la tête d’une armée démoniaque, elle révèle que Jepeth était le dernier obstacle à son ascension. Elle propose un pacte : Sicarus en échange de la servitude éternelle des Word Bearers. Et une fois encore, Kor Phaeron trompe le Chaos lui-même. Il poignarde Larazzar dans le dos, la laissant pour morte. Elle survit, mutilée, humiliée, mais le mal est fait. Kor Phaeron s’arroge le droit de façonner Sicarus à son image, d’en faire un monde-cathédrale, une base avancée pour les guerres éternelles de la foi noire.

Narrativement, Children of Sicarus est remarquablement efficace. Il se passe énormément de choses en peu de temps, sans jamais donner l’impression de précipitation. La présence de Marduk, reconnaissable pour les lecteurs familiers de ses arcs dans le 41e millénaire, est un ajout particulièrement appréciable, renforçant la continuité à long terme du personnage et de la légion.

Mais c’est surtout par sa mise en scène sonore que l’audio drama s’impose comme une référence. D’emblée, il faut signaler un défaut notable : la captation des sifflantes (“s”) est agressive, désagréable, et suffisamment marquée pour nuire à l’écoute. Qu’il s’agisse d’un problème de mastering ou d’une version dégradée, le résultat est là, et c’est d’autant plus regrettable que le reste de la production frôle l’excellence.

Car pour tout le reste, c’est un sans-faute. La voix de Kor Phaeron est une réussite totale. Criarde, stridente, haineuse, elle transpire l’ego démesuré et la cruauté du personnage. Il éructe, bave, hurle, s’essouffle, et chaque excès sert le propos. Ce Kor Phaeron est insupportable, mais fascinant. On adore le haïr, et l’interprétation ne cherche jamais à le rendre sympathique ou nuancé.

Larazzar bénéficie elle aussi d’un doublage remarquable. La voix féminine, à la tonalité de sorcière, ponctuée de rires sardoniques, est d’une efficacité redoutable. Elle incarne parfaitement le Chaos manipulateur, séducteur et cruel. Les Gal Vorbak, quant à eux, profitent d’un traitement vocal hybride, mêlant voix humaines et grondements démoniaques, qui renforce leur nature profondément transgressive.

L’ambiance sonore est viscérale. Les sorcelleries claquent, les coups sont lourds, sanglants, les démembrements crus. Rien n’est gratuit, tout participe à une sensation d’oppression constante. Sicarus est un enfer vivant, et l’audio drama parvient à le rendre tangible, presque suffocant.

Au final, Children of Sicarus s’impose selon moi comme l’un des meilleurs audio dramas de la Black Library, aux côtés de Raven’s Flight et The Long Night. Il est essentiel pour comprendre la trajectoire des Word Bearers après Calth, la fondation de leur empire démoniaque, et la nature profondément corrompue de leur hiérarchie. Malgré un défaut technique réel, la qualité de l’écriture et de la mise en scène est telle qu’il serait dommage de s’en priver.

Les plus

  • Récit dense et essentiel pour l’après-Calth.
  • Kor Phaeron magistralement interprété.
  • Doublage des seconds rôles de qualité : Larazzar, Gal Vorbak, Marduk.
  • Ambiance sonore viscérale et immersive.
  • Valeur ajoutée pour les lecteurs connaissant Marduk.

Les moins

  • Problème de captation des sifflantes (“s”) très gênant.
  • Nécessite une bonne connaissance de l'arc Word Bearers/Ultramarines.
4/5

Children of Sicarus est un audio drama brutal, habité et fondamental, qui transforme la foi en arme et le mensonge en dogme. Une œuvre inconfortable, mais indispensable, portée par une mise en scène sonore d’une rare qualité et intensité.