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Critique de Dark Disciple par Maestitia

Publié le Mercredi 4 février 2026

« Ouvre ces portes, » aboya-t-il, pivotant pour décapiter un autre guerrier d’un large revers de lame.

« J’essaie ! » cria Baranov, ses doigts papillonnant sur les runes lumineuses d’un panneau latéral.

« Essaie plus fort, » rugit Marduk, juste avant d’être projeté contre le mur lorsqu’un arc coruscant d’énergie noire le frappa de plein fouet à la poitrine, tiré par le fusil à canon court d’un autre ennemi.

Le guerrier eldar s’apprêtait à tirer de nouveau lorsqu’il trébucha, percuté dans le dos par un autre esclave qui le déséquilibra et le projeta vers Marduk. Le Premier Acolyte se redressa en grognant, la chair de son torse boursouflée et fumante, et lança son poing vers le menton de l’eldar en y mettant toute sa force.

La nuque du guerrier se rompit en arrière dans un craquement audible, et Marduk se plaça aussitôt en position de protection devant Baranov, s’assurant que personne ne puisse l’approcher. Il vit l’haemonculus ramper à distance sur le sol et, sur un caprice, posa son pied encore cuirassé sur le crâne allongé et squelettique de l’eldar, l’épinglant au sol.

« Ça ne s’ouvre pas, » dit Baranov avec désespoir. « C’est verrouillé, ou quelque chose comme ça. »

« Tu peux l’ouvrir pour moi, » dit Marduk à l’haemonculus, accentuant la pression sur son crâne. La créature gargouilla quelque chose, et Marduk se pencha pour la saisir par la nuque. Ses doigts encerclant entièrement son cou, il la souleva à un demi-mètre du sol. Il repoussa Baranov brutalement sur le côté.

« Ouvre, » gronda Marduk, et pour appuyer ses propos, il fracassa la tête de l’haemonculus contre le panneau de contrôle. Son nez se brisa, et le sang éclaboussa la surface noire.

L’eldar gargouilla quelque chose, mais sa voix était inintelligible, et Marduk lui écrasa de nouveau le visage contre le panneau.

« Ouvre, » siffla-t-il encore, avant de lui marteler une fois de plus la tête contre le dispositif. Son visage n’était plus qu’une bouillie sanglante, le nez écrasé, le sang et le mucus maculant ses traits cadavériques.

« Tu vas le tuer, » prévint Baranov, mais l’haemonculus leva l’une de ses mains griffues, la tendant péniblement vers le panneau.

Les doigts de l’eldar frappèrent une série de runes, et les segments en forme de lames de la porte circulaire coulissèrent pour s’ouvrir.

Au-delà se tenait un groupe armé de guerriers eldars, une centaine de fusils effilés braqués sur lui. Au centre se dressait une grande silhouette revêtue d’une armure noire luisante, barbelée et segmentée, son visage xenos pâle le fixant avec une arrogance noble. À ses côtés, il reconnut la garce aux longs cheveux qui l’avait piégé, ainsi qu’une créature aux yeux laiteux, parcourue de runes bleutées gravées dans sa chair d’ébène.

« Tu… perds, » gargouilla l’haemonculus en levant vers lui un regard triomphant.

« Je ne crois pas, » répondit Marduk, et il écrasa une dernière fois la tête de l’haemonculus contre le panneau de contrôle, cette fois avec une force fatale. Son crâne se disloqua.

Il lança un regard à Baranov, dont le visage était livide alors qu’il fixait la horde de guerriers ennemis devant eux.

« Reste près de moi, » siffla Marduk.

Laissant le cadavre de l’haemonculus s’affaisser au sol, répandant une traînée de matière cérébrale sur la surface du panneau de contrôle, Marduk releva la tête et fixa les eldars avec défi, attendant son destin en tant que guerrier de Lorgar.

Dark Disciple est le second tome de la trilogie consacrée à Marduk et aux Word Bearers, et là où Apôtre Noir posait des bases solides, ce roman enfonce la tête du lecteur dans la neige boueuse, le sang et le blasphème. Plus dense, plus brutal, plus généreux aussi, il assume pleinement ce qu’il est : un roman de Chaos sale, excessif, parfois grotesque, mais terriblement jouissif. Un livre qui ne cherche jamais à excuser les Word Bearers, mais qui les rend fascinants dans leur monstruosité.

L’intrigue place la 34e Compagnie dans une situation déjà apocalyptique : exterminatus imminent, razzias d’Eldars Noirs, infestation genestealer en arrière-plan. Le décor est posé : il n’y a pas de camp « propre », seulement des degrés différents d’horreur. Et c’est précisément là que Dark Disciple excelle : en confrontant des antagonistes qui sont tous, à leur manière, des monstres.

Marduk reste le cœur battant du roman. Il n’est pas présenté comme un héros, ni même comme un anti-héros au sens classique. C’est un survivant. Un être porté à la fois par sa foi, par le Chaos, et par une succession de circonstances qui le rendent presque increvable. Le lecteur peut croire en sa légitimité, comprendre pourquoi il avance, pourquoi il est encore là… tout en ressentant parfois un léger vertige face à l’accumulation d’épreuves qu’il traverse.

Anthony Reynolds joue volontairement avec cette frontière. Marduk mérite-t-il vraiment sa place, ou est-il simplement l’outil idéal d’un Chaos qui a besoin de lui à cet instant précis ? Le roman ne tranche jamais complètement, et c’est tant mieux. Cette ambiguïté est constitutive du personnage et renforce son intérêt. On est loin d’un élu lumineux : Marduk est sale, abîmé, souvent dépassé, mais toujours debout.

Le véritable coup de génie de Dark Disciple n’est pas tant l’apocalypse en elle-même que le choix des forces en présence. Mettre les Word Bearers face aux Eldars Noirs est une idée brillante. Les premiers sont des fanatiques mystiques persuadés de servir une vérité cosmique ; les seconds sont des prédateurs cyniques, hédonistes, totalement amoraux. Ajoutez à cela la menace tyranide, dénuée de toute émotion ou idéologie, et vous obtenez un triangle de violence d’une efficacité redoutable.

Ce n’est pas un affrontement « bien contre mal », mais une collision de monstruosités incompatibles. Le Chaos contre la cruauté pure, sur fond d’annihilation biologique. Le résultat est un roman constamment sous tension, où chaque camp est capable du pire, et où la notion même de survie devient relative.

Il faut être clair : Dark Disciple assume un style très marqué début années 2000. Gore, excessif, parfois grotesque, souvent pulp. Les scène d’action sont sales, les invocations démoniaques dégoulinantes, les corps se brisent, se transforment, se consument. Ce n’est pas subtil, et ce n’est pas censé l’être. Reynolds écrit un Chaos incarné, charnel, obscène. Un Chaos qui sent la chair brûlée et le sang coagulé.

Certaines scènes flirtent clairement avec l’excès, mais elles sont cohérentes avec ce qu’il raconte. Ce n’est pas du Chaos esthétisé ou conceptuel : c’est un Chaos de guerre, de fin du monde, de pulsions primaires. Une vraie catharsis pour le lecteur qui aime les Space Marines qui tâchent et qui salissent tout sur leur passage.

Les humains, simples contrepoints tragiques

Les personnages humains, Solon, Dios, Baranov, remplissent exactement le rôle qu’on attend d’eux. Ils ne sont ni surécrits ni héroïsés. Ce sont des contrepoints tragiques, des témoins écrasés par des forces qui les dépassent totalement. Ils rappellent ce qu’est censé être l’enjeu impérial : protéger l’humanité. Et montrent, par contraste, à quel point cet enjeu est déjà perdu.

Leur présence donne de l’épaisseur au récit sans jamais voler la vedette aux Word Bearers. Ils ne sont pas là pour être sauvés, mais pour être consumés par la logique de la guerre et du Chaos.

Là où Apôtre Noir pouvait parfois sembler plus contenu, Dark Disciple est un roman de surenchère assumée. Chaque acte ajoute une couche supplémentaire de désespoir, de violence et de folie. L’Exterminatus n’est jamais un simple décor : il plane réellement sur le récit, comme une épée de Damoclès qui rend chaque décision plus urgente, plus désespérée.

Reynolds maîtrise parfaitement ce crescendo. Même lorsque le lecteur devine certaines issues, l’exécution reste suffisamment intense pour maintenir l’intérêt jusqu’au bout.

Les plus

  • Chaos totalement assumé, sale et excessif.
  • Catharsis totale pour les amateurs de Chaos brutal.
  • Atmosphère apocalyptique constante.
  • Une très bonne suite.

Les moins

  • Survie parfois très généreuse de Marduk.
  • Excès pulp qui ne plaira pas à tous.
  • Peu de place laissée à la nuance morale.
4.5/5

Dark Disciple est l’un des meilleurs romans Chaos de la Black Library pour qui aime les Space Marines qui tâchent, blasphèment et ravagent tout sur leur passage. Enthousiaste, violent, parfois excessif, il offre une expérience pleinement cathartique, sans jamais chercher à rendre ses protagonistes sympathiques ou excusables. Anthony Reynolds livre ici un Chaos incarné, apocalyptique, et profondément jubilatoire. Un roman imparfait, mais furieusement généreux, qui marque durablement le lecteur averti.