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Critique de La Dernière Église par Maestitia

Publié le Mardi 10 février 2026

— Êtes-vous en train d’essayer de discréditer le miracle sur lequel cette église a été bâtie ? lui demanda sèchement Uriah. C’est qu’il y a une fibre malveillante en vous, si vous cherchez ainsi à détruire la foi d’un autre.

Révélation lui réapparut de derrière la Pierre Foudroyée et secoua la tête.

— Je ne suis pas malveillant. Je cherche à vous expliquer comment une telle chose aurait pu se produire sans l’intervention d’une quelconque entité divine.

Il frappa de l’index contre sa tempe.

— Vous croyez que la façon dont vous percevez le monde correspond bel et bien à ce qu’il est véritablement. Mais vous ne percevez pas directement le monde extérieur, pas plus qu’aucun d’entre nous. Nous ne connaissons les objets que de la façon dont nous les interprétons. Le cerveau humain est un organe merveilleusement évolué, mon ami, et particulièrement pour reconstruire les visages et les voix à partir d’informations limitées.

— Qu’est-ce que cela a à voir avec quoi que ce soit ? demanda Uriah.

— Imaginez votre saint homme s’abritant de l’orage au pied de cette grande pierre, quand soudain l’éclair la frappe : les flammes et le bruit, toute cette vague d’énergie élémentaire qui se répand au travers de lui. N’est-il pas possible que dans des circonstances aussi extrêmes, un homme déjà croyant s’imagine percevoir des images et des sons d’une nature divine ? Cela arrive tout le temps aux humains. Lorsqu’ils s’éveillent en sursaut au milieu de la nuit, est-ce que cette tache noire dans le coin de leur chambre ne serait pas un intrus plutôt qu’une simple ombre, est-ce que les crissements ne seraient pas le pas d’un meurtrier plutôt que l’air froid faisant jouer le bois de leur plancher ?

— Vous prétendez donc qu’il se serait imaginé tout cela ?

— Pour ainsi dire, oui, admit Révélation. Je ne suggère pas qu’il l’ait fait consciemment ou délibérément, mais considérant les origines et l’évolution des religions de l’espèce humaine, cette explication me semble bien plus probable et convaincante. N’êtes-vous pas d’accord ?

— Non, dit Uriah.

— Non ? s’étonna Révélation. Vous me donnez l’impression de ne pas être un homme dénué d’intelligence, Uriah Olathaire, pourquoi ne me concédez-vous pas au moins l’éventualité d’une telle explication ?

— Parce que moi aussi j’ai reçu une vision de mon dieu et j’ai entendu Sa voix. Rien n’est comparable au fait de savoir pertinemment et personnellement que le divin existe.

— L’expérience personnelle, dit Révélation. Une expérience hautement convaincante pour vous, et que rien ne peut prouver ni invalider. Dites-moi, où avez-vous reçu cette vision ?

— Au milieu d’un champ de bataille, sur les terres des Francs, dit Uriah. Il y a bien des années de cela.

— Les Francs ont depuis longtemps été amenés à rejoindre l’Unité, dit Révélation. La dernière bataille s’est livrée il y a près d’un demi-siècle. Vous deviez être très jeune à l’époque.

— Oui, reconnut Uriah. Jeune et inconscient.

La Dernière Église de Graham McNeill est non seulement la meilleure nouvelle du recueil Chroniques de l’Hérésie, mais aussi l’un des textes les plus marquants de toute la saga de l’Hérésie d’Horus. Elle est souvent citée, commentée, débattue, et pour une bonne raison : en moins de quarante pages, McNeill parvient à condenser un débat philosophique d’une rare densité, tout en l’inscrivant parfaitement dans le cadre brutal et idéologique de l’Unification de Terra.

Le contexte est limpide et immuable. Terra est sur le point d’être unifiée sous la bannière d’un homme qui se proclame Empereur de l’Humanité. Toutes les religions ont été éradiquées, les temples rasés, les cultes interdits. Il ne reste qu’une seule église, et un seul prêtre : Uriah Olathaire, gardien fatigué d’une foi condamnée à disparaître. Ce décor minimaliste fonctionne à merveille. L’église n’est plus un lieu de rassemblement, mais un mausolée. Chaque pierre, chaque rituel répété dans le vide résonne comme un adieu.

La force du texte réside presque exclusivement dans le dialogue entre Uriah et son mystérieux visiteur, Revelation. Tout passe par la parole, et McNeill excelle dans cet exercice. Les échanges sont longs, argumentés, parfois abrasifs, mais toujours clairs. Uriah n’est pas un simple caricatural bigot accroché à ses croyances. Il est lucide, cultivé, conscient des crimes commis au nom de la foi, mais il persiste à défendre l’idée que la spiritualité répond à un besoin humain fondamental, que la raison seule ne suffit pas à combler.

Face à lui, Revelation incarne une vision radicalement opposée. Son discours est structuré, logique, implacable. Il démonte la religion comme un outil de contrôle, une fabrique de mensonges, un prétexte aux pires atrocités. Ce qui rend l’échange fascinant, c’est que Revelation n’est jamais outrancier. Il n’élève pas la voix, ne menace pas. Il argumente, il constate, il expose. Sa courtoisie presque froide contraste violemment avec la violence implicite de ce qu’il représente.

L’écriture de McNeill est ici d’une grande sobriété. Pas de scènes d’action, pas de démonstration de force gratuite. Tout repose sur l’atmosphère, sur le poids des mots et sur la lente montée d’un malaise diffus. On sent que quelque chose cloche, que cet homme n’est pas ce qu’il prétend être, mais la révélation finale n’en est pas moins percutante. Elle ne cherche pas l’effet choc, elle s’impose comme une évidence tragique.

La nouvelle gagne aussi en profondeur lorsqu’on la replace dans le contexte plus large de l’Hérésie. Elle agit presque comme une clé de lecture idéologique de tout ce qui va suivre. Le rejet absolu de la religion, la foi aveugle dans la raison et la science, l’arrogance de croire que l’humanité peut être sauvée malgré elle : tout est déjà là, condensé, prêt à exploser plus tard sous des formes bien plus monstrueuses.

Il est difficile d’en dire davantage sans trahir l’expérience de lecture. La Dernière Église est un texte qui se vit plus qu’il ne se résume. Il interroge, il dérange, et il laisse le lecteur face à des questions inconfortables, sans jamais lui dicter une réponse.

Les plus

  • Dialogue philosophique d’une grande maîtrise.
  • Atmosphère lourde et mémorable.
  • Personnages nuancés et crédibles.
  • Punch final de qualité.
  • Texte clé pour comprendre l’idéologie impériale.

Les moins

  • Peu accessible à ceux qui cherchent de l’action.
5/5

La Dernière Église est une œuvre majeure, dense et intelligente, qui prouve que Warhammer peut être un terrain fertile pour de véritables réflexions philosophiques. Une lecture essentielle, et un texte qui continue de hanter longtemps après la dernière page.