Critique de Dans la Gueule du Loup par Maestitia
Publié le Lundi 2 février 2026Le xenos sourit comme un squale à l’attention de Bulveye, montrant ses dents pointues. Il parla d’une voix gargouillante qui remonta de ses poumons noyés de phéromones.
— Vous ferez un beau présent pour mon maître, déclara le xenos dans un bas gothique passable.
Il ploya les longues lames terminant ses doigts avant de continuer.
— J’imagine qu’il va beaucoup rire en écoutant vos courageuses paroles lorsqu’il retirera chaque muscle de vos os, dit-il, secoué par un mouvement de plaisir. Vos tourments seront exquis.
Le regard glacial de Bulveye transperça le monstre.
— Tu n’es donc pas le maître de cette horde infecte ?
La créature gloussa humidement.
— Je ne suis qu’un humble serviteur de Darragh Shakkar, archonte de la cabale du Cœur Hurlant. C’est lui qui tient entre ses griffes cette planète peuplée de bêtes.
Le seigneur loup hocha la tête doucement. Quand il parla à nouveau, sa voix fut aussi froide que le métal poli.
— Alors je n’ai rien d’autre à discuter avec toi.
La main droite de Bulveye s’anima en un instant, et d’un geste impossible à voir à l’œil nu, dégaina son pistolet à plasma et plaça un tir entre les deux yeux de la créature.
Le corps sans tête n’eut pas le temps de toucher le sol que le reste des Space Wolves ouvrait déjà le feu, libérant une pluie de projectiles depuis les bois sur la masse compacte des pillards. Les munitions, réagissant à l’impact, pénétraient les armures légères des xenos pour exploser à l’intérieur de leur corps, l’ouvrant comme une fleur et dispersant ses membres arrachés. Avec un chuintement roque, une paire de missiles antichars surgit de la lisière des bois et percuta le côté des deux plus grands transports, les abattant dans un déluge de feu et de shrapnels en fusion. Les xenos bondirent en hurlant de rage, tirant avec leurs fusils en direction des ténèbres. Leurs armes provoquaient un bourdonnement aigu, crachant un flux d’échardes propulsées à très grande vitesse en direction des arbres.
Dans la Gueule du Loup est la seconde nouvelle du recueil Chroniques de l’Hérésie, et elle se donne un objectif clair : montrer les Space Wolves sous un angle moins glorifié, plus rugueux, presque défaillant. Sur le papier, l’intention est intéressante. Dans les faits, le résultat est contrasté, parfois pertinent sur le fond, mais inégal dans sa mise en œuvre.
Mike Lee choisit de raconter la reprise d’un monde impérial perdu, isolé par des tempêtes de warp, régulièrement ponctionné par des raiders xenos, les Empaleurs, autrement dit des Eldar Noirs. Le décor fonctionne immédiatement : une population humaine épuisée, résignée, incapable de se défendre, et une poignée de Space Wolves de la 13e Compagnie envoyés pour remettre de l’ordre. Le cadre est classique, presque scolaire, mais il permet à l’auteur de poser ses pions sans détour.
Le problème vient rapidement du style. Il n’est pas mauvais, mais il est fade. La plume est neutre, fonctionnelle, sans réelle identité. Les scènes d’action souffrent de répétitions, de descriptions redondantes, et d’un manque de tension dans le rythme. On comprend ce qui se passe, mais on ne le ressent pas toujours. C’est dommage, surtout pour une Légion censée incarner la fureur, l’instinct et la sauvagerie maîtrisée.
Sur le plan du contenu, la nouvelle prend du temps à expliquer ce qu’est un Adeptus Astartes. Les capacités de régénération, la résistance aux toxines, aux radiations, l’endoctrinement, les réflexes conditionnés. Pour un lecteur néophyte, c’est pédagogique. Pour un lecteur déjà engagé, c’est superflu. Pire : ce temps passé sur le générique se fait au détriment de ce qui rend la 13e Compagnie unique.
Car là où la nouvelle déçoit vraiment, c’est dans son traitement des “barbes grises”, ces guerriers proches de Leman Russ avant même leur transformation, et surtout dans l’évocation de la malédiction du Wulfen. Ces éléments sont présents, mais à peine effleurés. Ils sont nommés, jamais incarnés. Or, pour la 13e Compagnie, ce sont précisément ces zones d’ombre qui devraient structurer le récit.
Le personnage de Bulveye, chef de la meute, est lui aussi problématique. Ses décisions sont souvent discutables, parfois franchement mauvaises, et donnent l’impression que les Space Wolves subissent les événements plus qu’ils ne les contrôlent. Ce choix peut être défendu sur le plan thématique, montrer une Légion mise à l’épreuve, affaiblie, isolée, mais il est frustrant à la lecture. Il faut attendre la toute fin pour sentir les Loups reprendre l’initiative, redevenir des prédateurs plutôt que des victimes.
Les Eldar Noirs, en revanche, sont une bonne surprise. Les Empaleurs sont décrits comme des pillards méthodiques, cruels, presque routiniers dans leur prédation. Ils ne sont pas là pour “gagner” une guerre, mais pour entretenir une source d’esclaves. Cette banalité du mal fonctionne bien et renforce le sentiment d’abandon du monde impérial.
La stratégie choisie par les Space Wolves, une guérilla à petite échelle, est cohérente compte tenu de leur faible nombre. Sur le fond, rien à redire. Sur la forme, en revanche, la mise en scène manque souvent de souffle. On attend, on patiente, on sent que quelque chose se prépare, mais l’élan épique tarde à venir.
Et pourtant, la promesse finit par être tenue. L’assaut final contre la tour des Empaleurs est bien rythmé, tendu, brutal. L’action devient enfin lisible, viscérale, jouissive. C’est clairement le sommet de la nouvelle, et le moment où Mike Lee semble enfin lâcher la bride.
La conclusion, en revanche, laisse un goût d’expédié. Le punch final donne l’impression d’une expédition menée à la va-vite, comme si l’auteur devait conclure rapidement après avoir pris trop de temps à installer son récit. C’est frustrant, surtout après une montée en puissance enfin réussie.
Au final, Dans la Gueule du Loup est une lecture correcte, parfois intéressante, mais rarement marquante. Elle conviendra bien à un lecteur découvrant les Space Marines, et offre un aperçu appréciable des Eldar Noirs. Pour un lecteur plus aguerri, elle risque de paraître longue, peu audacieuse, et trop sage pour la Légion qu’elle met en scène.
Les plus
- Bonne porte d’entrée pour les néophytes.
- Contexte clair et accessible.
- Eldar Noirs bien caractérisés.
Les moins
- Style neutre, manque de personnalité.
- Sous-exploitation de la 13e Compagnie et du Wulfen.
- Décisions frustrantes de Bulveye.
Dans la Gueule du Loup n’est pas une mauvaise nouvelle, mais elle manque d’ambition. Elle effleure des thèmes passionnants sans jamais vraiment les creuser. Agréable sans être mémorable, elle reste surtout un texte de transition, plus instructif qu’autre chose.
