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Critique de Le Traqueur des Abîmes par Drystan

Publié le Samedi 18 janvier 2014 | 3 corrections après publication

 — Par l’enfer. Celui là a vraiment l’air dangereux.
Le Prophète abandonna Uzas, avachi contre le mur et sanguinolent, pour rejoindre ses frères et ajouter sa puissance de feu aux bolts explosifs dont ils arrosaient généreusement le corridor. Sa vision s’était finalement  synchronisée à nouveau et les réticules de visée dansèrent avant de se focaliser sur différents ennemis. Il pouvait maintenant distinguer les chaînes ornementées et les tabards drapés sur les armures de l’adversaire, ainsi que les emblèmes gravés là et portés avec une fierté vengeresse. Un guerrier en particulier sortait du lot, avançant au-devant des autres avec une volonté inébranlable.
 — Oh, dit Talos. Puis suivirent plusieurs insultes polysyllabiques en nostramien pour lesquelles n’existait aucune traduction littérale en gothique. Elles n’étaient pas à utiliser au sein de la bonne société, en fait, elles n’étaient même pas appropriées au tiers le moins décadent de la mauvaise.
Cyrion tira, le bolter à l’épaule, et déclara en riant :
 — Au moins, nous serons tués par un héros.

Après deux bons tomes, non exempts de tout reproches néanmoins, Aaron Dembski Bowden remet les pendules à l’heure et nous inonde de tout son talent avec Le Traqueur des Abîmes. Si le principal défaut de ses deux premiers romans sur les Nights Lords était de les rendre trop «sympathiques» aux yeux du public, ce «défaut» a été amplement revu et corrigé dans ce tome trois.

J’ai rarement été aussi captivé par un roman warhammer 40k, (hors romans sur l’Hérésie d’Horus). Plus on avance dans la lecture plus les réponses que l’on attendait arrivent, mais surtout, le roman ne fait que se bonifier jusqu’à arriver à un final des plus prometteurs pour la suite !
Avant d’attaquer la critique, il semble nécessaire de parler de cette trilogie dans sa globalité. Dans les deux premiers tomes, ce qui ressortait de la bande de Night Lords était qu’elle courait après des chimères, perdue dans son passé, cette dernière n’était que l’ombre d’elle même. Depuis la mort de son Primarque, la légion s’est divisée en multiples bandes n’agissant que dans leurs propres intérêts. Au fil de ces deux romans, il était difficile de voir où voulait en venir ADB, il montrait une bande de plus en plus faible, errant sans véritable but, suivant les prédictions de moins en moins fiable d’un Talos dépérissant petit à petit.

C’est dans ce cadre que s’ouvre le tome 3. Talos se trouve dans un état constant de dégradation mentale et physique. Ce dernier reste prisonnier de ses rêves sur des périodes toujours plus longues, provoquant l’intérêt (malsain) de l’apothicaire Variel. Impossible d’en dire tellement plus sans tomber dans le spoil.
Après les événements survenus à la fin du Pilleur de Sang, nous retrouvons la première griffe ainsi que les survivants des 10ème et 11ème compagnies à bord de l’Echo of Damnation. Quasiment la totalité de l’action se déroulera en orbite ou sur la planète Tsagualsa. Retour aux sources non dénué d’importance pour nos Night Lords qui raviveront ainsi de nombreux souvenirs. En effet, derrière ce nom imprononçable, Tsagualsa fut la seconde planète d’adoption de la Légion, après la destruction de Nostramo. C’est donc dans un contexte lourd de sens que Talos, à partir de ses visions, s’apprête à terminer là où tout a commencé, pourra- t-il changer son destin et celui de ses compagnons ?
Je manque probablement d’objectivité, étant un grand fan de la légion des Night Lords, mais mis à part une profonde rage si l’auteur ne nous donne pas de suite après ce final tonitruant,  je ne déplore aucun défaut à ce roman.

Première chose que j’ai vraiment apprécié, l’apport au niveau du fluff des Night Lords, qui à ce jour,  n’ont pas encore bénéficié d’un roman complet dans la série de l’Hérésie d’Horus.

Par le biais de nombreux flashbacks, ADB nous renvoie à l’époque de l’après Hérésie  où nous en apprendrons beaucoup sur la légion. L’auteur en profite pour faire habilement le lien avec Zso Sahaal présent dans le roman Night Lord de Simon Spurrier.

L’auteur a également subtilement relié ce tome avec sa nouvelle Le Cœur présente dans le recueil Craignez l’Alien. Rétrospectivement, cette nouvelle était notre première rencontre avec la première griffe, Septimus et Deltrian. Ce n’est qu’en lisant un passage évasif sur un combat victorieux contre des Salamanders survenu entre Le Pilleur de Sang et Le Traqueur des Abîmes que cette nouvelle m’est revenue en tête. Je vous conseille donc de la (re)lire avant de vous attaquer à ce tome trois.

Au fur et à mesure de la série, de nombreux personnages ont disparu, et intelligemment, l’auteur n’en a pas rajouté trop préférant se concentrer sur ceux présents depuis le début. Dans ce roman, l’apothicaire Variel est un apport intéressant mais je tire mon chapeau sur la gestion de l’auteur concernant les relations entre Septimus, Octavia et Talos, ainsi que les nombreuses éclaircies sur la plupart des personnages secondaires. Mentions spéciales pour Malcharion et Lucoryphus.

Pour résumer, qu’avons-nous appris sur les Night Lords et plus généralement les Space Marines, au travers des aventures de la première griffe ? Le fait que les Night Lords sont bien loin d’être de simples Space Marines asservis à un dieu du panthéon chaotique. Bien que certains aient succombés, la plupart des Night Lords méprisent leurs frères tombés sous l’attrait d’un dieu du chaos. Une des preuves les plus flagrantes en est la répulsion que génère l’Exalté auprès de ses camarades.

Les Night Lords se considèrent avant tout comme des armes, des tueurs. En ce sens ils ont raison car c’est la raison d’être de tout Space Marine, faire la guerre. Cependant, à ce besoin de tuer s’ajoute la «malédiction» de Curze, la nécessité de ses fils de faire régner l’ordre par la peur et la terreur. Cette notion de peur collant à la peau des Night Lords est plus que jamais présente dans ce roman parmi tout ceux de la trilogie. Talos et ses frères nous montrent leur véritable visage. Au fil des pages, nous sentons que sous l’impulsion d’un Talos ayant trouvé et accepté sa voie, les membres de la légion retrouvent une fierté perdue depuis longtemps ainsi qu’un but. Alors que ces derniers ne savaient plus tellement pour quoi ou pour qui ils se battaient, petit à petit ils reprennent conscience de ce qu’ils sont. Des chasseurs, et pas des rapaces fuyant après avoir commis de petits larcins. La meilleure façon de résumer la mentalité des Night Lords après lecture de la trilogie est cette citation : «La mort n’est rien, l’important est de prouver qu’on a raison.»

J’ai trouvé belle cette gradation proposée au fil de la trilogie, nous peindre le tableau d’une légion de plus en plus faible, perdue et éparpillée, et petit à petit lui rendre son lustre d’antan, jusqu’au final du roman qui laisse présager du pire pour l’Impérium.

La fin du roman, parlons-en. L’épilogue tertius est pour moi le meilleur moment du roman. D’une part, ADB replace la série des Night Lords dans un contexte précis, nous sommes à l’aube de la XIII Croisade Noire d’Abaddon, d’autre part, je pense qu’il annonce  la couleur pour un de ses prochains romans qui semble prédestiné à être un must-have : Abaddon, Talon of Horus.

Les plus

  • Des raccords intelligents avec d’autres publications.
  • La découverte de la véritable nature des Night Lords.
  • Les relations inter-personnages au sommet.
  • De l’Eldar.
  • Du fluff.
  • L’intervention du chapitre Génésis.
  • De nombreux passages épiques.
  • Une écriture fluide.

Les moins

  • Un final qui donne instantanément envie d’en savoir plus.
5/5
Le Traqueur des Abîmes est agrémenté de cynisme, horreur, tristesse et de rire. ADB joue avec les sentiments du lecteur et propose un final des plus époustouflant à cette trilogie qui l’est tout autant. Pari réussi, on attend la suite avec impatience.