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Critique de Retour au Mont Deathfire par Priad

Publié le Mercredi 22 juillet 2015 | 9 révisions avant publication | 3 corrections après publication

 — Aide-nous maintenant et je reverrai ma décision de te garder derrière les barreaux.
Hecht se mit à rire sombrement.
 — Il semblerait que je n’ai que peu de choix.
 — Tu n’en as aucun. Zytos tendit son arme de poing à Hecht. Trahis nous et je te tuerai de mes propres mains.
 — Très bien, répondit Hecht agrippant la crosse de l’arme et s’y habituant. Pourrais-je retrouver mes armes ?
Zytos leva son marteau.
 — Pas le temps pour ça. Il montra le corridor de son arme. Par là, il faut traverser le pont. Passe devant.
 — Est-ce que tu couvres mes arrières ou bien les tiennes ?
 — Une fois que nous atteindrons nos frères je n’aurai plus besoin d’y penser.
Hecht se mit à rire de nouveau.
 — La guerre t’a rendu cynique.
Zytos pensa à Isstvan V, puis aux corps sans vie recouvrant les couloirs du Charybdis.
 — La trahison nous a rendus cyniques, je ne vais pas le nier mais nous avons de très bonnes raisons de l’être.
 — Peut-être, répondit Hecht, mais je n’ai jamais vu autant de frères dévoués.
 — Nous n’avons pas le choix.
 — Vous avez perdu tellement.
Zytos se murmura à lui-même alors qu’il s’engageait dans le couloir. Nous perdrons encore bien plus avant que ce ne soit fini.

On ne présente plus Nick Kyme, bien connu pour ses récits sur les Salamanders. Il est un des derniers à avoir rejoint l’équipe en charge de la série Horus Heresy. À l’époque déjà, Dan Abnett, Graham McNeill, ADB ou encore James Swallow n’étaient déjà plus à leur coup d’essai avec plusieurs tomes à leur actif. Il n’était certainement pas simple de leur faire suite.
Ce dernier se vit donc confier la lourde tâche d’étendre la saga dans une toute nouvelle direction, démarrant un tout nouvel arc, celui d’Imperium Secundus. Calth avait marqué les esprits avec le roman La Bataille de Calth et il fallait un livre d’une ampleur similaire afin de cadrer les lecteurs sur de nouveaux rails et leur donner envie de poursuivre la lecture d’une série qui ne semble avoir aucune fin (la question reste posée).
Quoi de mieux pour intégrer ce nouvel auteur que de lui donner la possibilité d’écrire sur deux Primarques qui avaient encore étaient laissés de côté jusque-là. Après Fulgrim, Perturabo et Lorgar, c’était au tour de Vulkan et de Konrad Curze d’avoir leur destin mis en lumière au travers d’un seul et même tome.  Avec une quatrième de couverture prometteuse et la magie de Neil Robert, Vulkan est Vivant se présentait comme un livre à l’immense potentiel.
Malheureusement, avec son style encore brouillon et son terrible rythme, ce tome pourtant indispensable aura eu du mal à convaincre tout le monde. Il suffira de lire la critique de Maestitia ainsi que mon avis pour remarquer que notre perception ne fut pas la même. Nous avions d’un côté une personne qui avait lu l’intégralité de la série du Tome du Feu, du même auteur, et qui avait su aisément plonger dans Vulkan est vivant pour en percevoir les forces ; tandis que de l’autre je m’étais totalement désintéressé du destin de la XVIIIème légion jusqu’à présent, et ce n’était pas ce tome ci qui m’avait donné envie d’en savoir plus.

Plus tard Dan Abnett allait me réconcilier avec les Fils de Nocturne avec son livre monument Imperium Secundus. Ce tome a beau avoir des faiblesses scénaristiques, au vu du challenge il était aisé d’accepter de fermer les yeux. Vulkan y était déshumanisé, telle une bête traumatisée et blessée. Nous avions tantôt de la pitié pour ce Primarque qui n’était plus que l’ombre de lui-même, tantôt du dégout pour la violence qu’il caractérisait à l’encontre de ses propres frères. Sans vous en raconter la fin, ce tome majeur allait soulever beaucoup de questions et même si l’idée de ne pas faire de suite était impensable, il était difficile de deviner qui poursuivrait la trame des Salamanders.

Le suspense est maintenant terminé alors que Deathfire de Nick Kyme est sorti depuis déjà quelques mois. Une nouvelle fois notre auteur s’est vu incomber la lourde tâche de faire suite à un grand nom de la Black Library. Néanmoins nous sommes en terrain connu car c’est un tome dédié aux Salamanders qui nous est offert. Mieux encore, c’est une ellipse de quelques mois qui sépare ce tome du précédent, permettant à l’auteur de poursuivre le récit sans avoir à justifier de possibles blancs. Vulkan n’est plus et son corps conservé par Guilliman fait encore beaucoup parler ses fils. Un en particulier, Numéon. Ce Salamander était un des personnages principaux dans Vulkan est Vivant et nous permettait de suivre l’histoire des Fils de Nocturne en parallèle sur Isstvan V. Après quelques apparitions dans le tome de Dan Abnett, il nous revient ici plus motivé que jamais pour sauver son Père. Le bougre croit en effet que les légendes de sa propre légion concernant une possible résurrection dans les flammes du Mont Deathfire sur Nocturne seraient vraies. Il lui faudra convaincre Roboute Guilliman mais aussi ses frères, de quitter Imperium Secundus avec le corps de Vulkan afin de retourner sur leur planète natale. Mais en ces temps de guerre où le moindre Space Marine est guidé par le sacrifice de mourir pour l’Empereur, comment les Salamanders vont pouvoir se reconstruire en tournant le dos à Terra ? C’est autour de cette question très pertinente que le récit se construit.   

C’est en trois parties que Deathfire se découpera, suivant la classique mais efficace construction de «début, milieu, fin». Je m’explique : le voyage qui attend nos Salamanders se doit d’être préparé. C’est donc sans surprise dans la première partie que nous suivrons Numéon, qui devra échapper à ses bourreaux (il n’était donc pas mort) avant de rejoindre le reste de sa légion. Il devra faire face aux doutes et à l’incompréhension de ses frères afin d’entamer sa mission. La seconde partie s’enchainera une fois qu’ils seront en route pour Nocturne. Je tairai ici les arguments qui ont pu pousser la légion à s’engager dans cette folle mission, encore qu’on puisse toucher ici à une des faiblesses du roman dont je reparlerai plus loin. La seconde partie m’a paru moins bien rythmée et se présentera comme un huis clos puisqu’il ne se déroulera que sur le Charybdis, vaisseau sur lequel voyage nos héros. Après maintes pérégrinations que l’on pourra décrire comme «animées mais sans originalité» nous arriverons à destination. Je vous laisserai découvrir par vous-même si nos héros ont atteint la destination voulue. C’est donc avec cette dernière partie que nous apprendrons si tout ceci ne fut que pure folie.

Notre héros passera par une large palette d’émotions. À la fois sincère et déterminé Numéon semblera parfois un peu fou allié, sa mission étant à ses yeux bien plus importante que la survie de sa légion. Avec plusieurs autres personnages secondaires Salamanders pour lui donner la réplique, il finira par comprendre et accepter ses responsabilités de guider sa légion. Numéon est l’un des rares personnages dans Deathfire a avoir un peu de relief. Il faut dire que l’incapacité de Nick Kyme a donner de la classe et de la badassitude (comme dirait Maestitia) à nos Primarques est une sacrée ombre au tableau. C’est un reproche que j’avais déjà fait après ma lecture de Vulkan est Vivant. Il faudra donc reconnaitre à l’auteur une meilleure maitrise de ses personnages et de leurs motivations, même s’il reste encore du travail afin d’égaler le Maitre Dan Abnett. Nick Kyme avouera d’ailleurs dans une note en fin de roman avoir suivi les 5 phases du deuil avec Numéon (le choc, la colère, le marchandage, la dépression, l’acceptation).

L’auteur s’en sortira beaucoup mieux lorsqu’il s’agira de donner de la couleur aux Word Bearers. Quor Gallek ou encore Barthusa Narek auront droit à leur side story pour nos plus grand plaisir. Les scènes les concernant se placeront vraiment bien, nous faisant passer du côté loyaliste à chaotique avec une certaine simplicité. D’une certaine manière les deux trames seront bien plus liées que ce que nous aurions pu le deviner mais il vous faudra lire le roman pour l’apprendre.
En dernier lieu il est aussi à noter la présence d’un Chevalier Errant. Ses motivations resteront vagues durant une grande partie du roman avant que cet étrange personnage ne se révèle. On pourra vraiment remettre en cause la crédibilité de ce dernier et la cohérence de sa situation. Personnellement je n’y ai pas cru et le choc de la surprise fut davantage causé par la stupidité de la révélation, plutôt que par la révélation elle-même. Nous saurons probablement amené à revoir ce Chevalier Errant dans l’avenir, et je ne sais pas si c’est une bonne chose.

La structure de Deathfire restera donc très classique dans l’ensemble, permettant de se sentir engagé dans le roman grâce à sa facilité à nous faire suivre l’action. Malheureusement, cela empêchera tout suspense, le voyage n’étant qu’une suite d’évènements impliquant de se battre contre des Death Guards et des Word Bearers. À la fois force et faiblesse on appréciera d’un côté de suivre (principalement) Numéon, un peu comme nous avions pu le faire avec Loken durant la trilogie d’ouverture, alors que de l’autre cela limitera l’auteur à nous surprendre lors de la seconde partie du roman.
Pourtant il faudra reconnaitre que la scène de «la fille du Capitaine» ne m’aura pas laissé indifférent et se présentera comme l’un des meilleurs passages du roman. Cela montrera bien tout le potentiel de l’auteur à pouvoir écrire sur l’Inquisition. En parallèle, cette seconde partie dans le vaisseau se clôturera par l’apparition pour le moins inattendue d’un Primarque. Ne cherchez pas dans le dramatis personae car vous ne le trouverez pas.
Il manquera finalement davantage de ces surprises, même si l’auteur semblera plus à l’aise lorsqu’il s’agit de nous faire quelques révélations. Nick Kyme de ses propres mots aurait fait passer à la trappe une histoire impliquant «l’espace-temps» qui devait à la base s’y trouver. Après réflexion il lui sembla qu’il ne fallait pas l’inclure, lui permettant de garder un meilleur contrôle de l’histoire et de sa progression. L’auteur a donc fait de nombreux choix narratifs, et ce sont certains de ces choix qui pourront vous poser problème. 

En effet, à maintes reprises le roman ne se donnera pas la peine de justifier certaines actions et c’est à ces moments-là que j’ai pu décrocher de l’histoire. La fondation même du roman ne se voit pas clairement expliquée. Comment Numéon peut-il croire un seul instant à la possible résurrection de Vulkan alors que ses frères Salamanders n’ont pas le moindre optimisme concernant cette idée ? Comment peut-il convaincre Roboute de la plus petite chance de succès ? Comment les quelques survivants de la légion vont le suivre pour s’engager dans une mission suicidaire ?
Je reconnais un certain challenge pour expliquer tout cela mais l’auteur ne se donnera même pas cette peine, préférant se référer au crédo des Salamanders et à leur croyance aveugle. La fin de la traversée du warp sera une vaste supercherie. Mieux encore, dans sa note finale Nick Kyme avouera ne pas avoir justifié certains aspects du roman pour laisser planer le mystère comme si certaines choses ne pouvaient avoir d’explication rationnelle. Un peu facile Sir Nick, surtout lorsque l’on sait qu’en c’est temps de guerre aucune décision stratégique n’est pris à la légère. Ce n’est pas une nouveauté de voir nos Space Marines avoir des sentiments plus humains qu’au début de la série, mais je les ai perçus trop humain parfois. L’amour d’un Père peut-il vraiment pousser nos héros à faire des choix que la raison ignore ? La série a bien évolué à ce niveau-là depuis l’Ascension d’Horus et la pilule aura parfois un petit gout de cendre.

Pourtant Nick Kyme réussit sur d’autres points avec une écriture mieux maitrisée et des chapitres courts rythmant bien l’ensemble (plus d’une cinquantaine au total). Après une centaine de pages, il ne sera fait que quelques mentions de Vulkan qui ne manquera finalement pas beaucoup au lecteur, bien trop concentré sur le voyage qui attend Numéon.
De nombreuses références seront faites à d’autres récits, permettant à Deathfire d’être considéré comme une pièce du  puzzle. Les amoureux de Thiel seront contents de savoir qu’il fera une courte apparition, tandis qu’une référence sera faite à l’audio drama Censure. La Fulgurite aura aussi son rôle à jouer, mais le véritable absent de l’histoire restera John Grammaticus dont le destin reste inconnu.

Le fluff réjouira aussi les lecteurs à la recherche d’un peu de fidélité de la part de l’auteur. Pour le coup, Deathfire a su me plonger dans la mentalité Salamanders avec beaucoup plus de réussite que Vulkan est Vivant. L’auteur profite de n’importe quelles opportunités pour nous en dire plus sur les Salamanders, ainsi que la difficulté d’être sans père durant l’un des moments les plus difficiles pour la Légion. Tous ces petits détails nous plongent dans la légion et ses habitudes permettent aussi d’avoir des informations utiles pour nous aider à les comprendre et pourquoi pas les aimer (car après tout Nick doit aussi vendre sa série). Sur Macragge, ces derniers auront même un quartier rien qu’à eux, comme pour ne pas travestir leur identité ainsi que leurs rituels. L’auteur se fait plaisir et cela peut aisément se deviner.

Ce second tome sur les Salamanders semble donc se présenter comme un livre obligatoire pour la saga mais il faudra lui reconnaitre de nombreux défauts, contrebalancés par certaines forces. Il sera alors difficile pour ma part de me prononcer comme j’ai d’abord aimé la première moitié du livre avant de me retrouver dans une position où je n’attendais que d’arriver au dernier chapitre pour savoir si oui ou non la magie allait opérer. En terminant son roman si abruptement  et sans épilogue, il sera difficile d’apprécier une telle fin (le syndrome Hereticus). Il n’y aura plus qu’à attendre le dernier tome de la trilogie de Vulkan pour savoir comment tout se terminera et l’auteur est plutôt sur la bonne voie lorsqu’on évalue la progression qu’il a pu faire jusque-là.

Les plus

  • La suite directe d'Imperium Secundus.
  • Un bon rythme nous faisant osciller entre loyalistes et chaotiques.
  • Quelques rares personnages soignés.
  • Du fluff bien implémenté.
  • Des super teases en fin de chapitre.
  • Des références à d'autres récits nous permettant de revoir Thiel pour ne citer que lui.
  • Un histoire parallèle chaotique qui tient la route.

Les moins

  • L'histoire d'un voyage warp qui tourne mal, le speech est très fin, trop fin.
  • C'est creux tout ces second rôles Monsieur Kyme !
  • Des erreurs de scripts ? Non simplement des choix narratifs répond Nick Kyme.
  • Les Primarque n'ont pas de répliques qui ont la classe.
  • "Vulkan Lives !" on a compris je crois, inutile de le répéter plus d'une fois par chapitre.
  • Un twist sur l'identité du Chevalier Errant qui en fera pleurer certains (de rire).
  • Une fin abrupte et sans surprise. Non vraiment il manque un morceau là.
3/5
Deathfire commençait plutôt bien et affichait de bonnes intentions de la part de l'auteur. Malheureusement il me fut difficile d'occulter certains aspects du roman enterrant le scénario sous des non-sens (ésotériques parfois). Le récit fut mieux maitrisé que Vulkan est Vivant, certes mais on ne nous raconte pas la plus passionnante des histoires avec notre voyage à travers le warp. Même note donc pour cette suite qui fonctionne mieux mais qui n'aurait dû être qu'une partie plus courte d'un roman nous offrant davantage.